César 2024 – Le règne animal & Anatomie d’une chute partent favoris

César 2024 – Le règne animal & Anatomie d’une chute partent favoris

Nommé 5 fois pour les Oscars 2024, ANATOMIE D’UNE CHUTE de Justine Triet n’arrive que second avec 11 nominations pour ces César 2024, tout juste derrière LE RÈGNE ANIMAL de Thomas Cailley qui en affiche 12.

Suivent ensuite avec 9 nominations JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES de Jeanne Herry qui truste pas moins de 4 places sur 5 de la catégorie Meilleur second rôle féminin et LE PROCÈS GOLDMAN de Cédric Khan avec 8 citations.

Si globalement, nous ne trouvons pas grand chose à redire sur ce très beau cru de nominations 2024, on regrettera néanmoins l’absence totale de quelques un de nos films préférés sortis l’an passé comme LE TEMPS D’AIMER de Katell Quillévéré, INVINCIBLE ÉTÉ de Stéphanie Pillonca, TONI EN FAMILLE de Nathan Ambrosioni, YOUSSEF SALEM A DU SUCCÈS de Baya Kasmi,  LA FIANCÉE DU POÈTE de Yolande Moreau, SAGES FEMMES de Léa Fehner, pour ne citer qu’eux.

Alors, qui succèdera à LA NUIT DU 12, grand vainqueur des César 2023 avec pas moins de six récompenses dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur ? Pour le savoir, rendez-vous dans quelques semaines.

Présidée par l’actrice et réalisatrice Valérie Lemercier, la 49e Cérémonie des César se déroulera donc le vendredi 23 février à 20h45 à l’Olympia, et sera diffusée en clair, en direct et en exclusivité sur CANAL+.
La cinéaste et actrice française Agnès Jaoui ainsi que le réalisateur britannico-américain Christopher Nolan recevront un César d’Honneur, à cette occasion.

Ce qu’il faut savoir de cette 49e édition

Les César 2024, ce sont :

111 nominations pour 48 films, réparties sur 24 catégories.

Taux de participation au 1er tour : 71,9% soit 3375 votes parmi les 4694 membre votants de l’académie. Le second tour de vote s’ouvrira le jeudi 1er février et se clôturera le vendredi 23 février, quelques heures avant l’ouverture de la cérémonie.

 

Véronique Cayla, Présidente de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma avec l’enveloppe contenant les nominations 2024, après le premier tour des votes.

CÉSAR DE LA MEILLEURE ACTRICE

Marion Cotillard dans LITTLE GIRL BLUE
Léa Drucker dans L’ÉTÉ DERNIER
Virginie Efira dans L’AMOUR ET LES FORÊTS
Hafsia Herzi dans LE RAVISSEMENT
Sandra Hüller dans ANATOMIE D’UNE CHUTE

CÉSAR DU MEILLEUR ACTEUR

Romain Duris dans LE RÈGNE ANIMAL
Benjamin Lavernhe dans L’ABBÉ PIERRE – UNE VIE DE COMBATS
Melvil Poupaud dans L’AMOUR ET LES FORÊTS
Raphaél Quenard dans YANNICK
Arieh Worthalter dans LE PROCÈS GOLDMAN

CÉSAR DE LA MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

Leila Bekhti dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Galatea Bellugi dans CHIEN DE LA CASSE
Élodie Bouchez dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Adèle Exarchopoulos dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Miou MIOU dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

CÉSAR DU MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

Swann Arlaud dans ANATOMIE D’UNE CHUTE
Anthony Bajon dans CHIEN DE LA CASSE
Arthur Harari dans LE PROCÈS GOLDMAN
Pio Marmaï dans YANNICK
Antoine Reinartz dans ANATOMIE D’UNE CHUTE

CÉSAR DE LA MEILLEURE RÉVÉLATION FÉMININE

Céleste Brunnquell dans LA FILLE DE SON PÈRE
Kim Higelin dans LE CONSENTEMENT
Suzanne Jouannet dans LA VOIE ROYALE
Rebecca Marder dans DE GRANDES ESPÉRANCES
Ella Rumpf dans LE THÉORÈME DE MARGUERITE

CESAR DE LA MEILLEURE RÉVÉLATION MASCULINE

Julien Frison dans LE THÉORÈME DE MARGUERITE
Paul Kircher dans LE RÈGNE ANIMAL
Samuel Kircher dans L’ÉTÉ DERNIER
Milo Machado-Graner dans ANATOMIE D’UNE CHUTE
Raphaël Quenard dans CHIEN DE LA CASSE

CÉSAR DU MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL

Justine Triet, Arthur Harari pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Jean-Baptiste Durand pour CHIEN DE LA CASSE
Jeanne Herry pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Nathalie Hertzberg, Cédric Kahn pour LE PROCÈS GOLDMAN
Thomas Cailley, Pauline Munier pour LE RÈGNE ANIMAL

CÉSAR DE LA MEILLEURE ADAPTATION

Valérie Donzelli, Audrey Diwan pour L’AMOUR ET LES FORÊTS
Vanessa Filho pour LE CONSENTEMENT
Catherine Breillat pour L’ÉTÉ DERNIER

CÉSAR DE LA MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

Gabriel Yared pour L’AMOUR ET LES FORÊTS
Delphine Malausséna pour CHIEN DE LA CASSE
Vitalic pour DISCO BOY
Andrea Laszlo De Simone pour LE RÈGNE ANIMAL
Guillaume Roussel pour LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

CÉSAR DU MEILLEUR SON

Julien Sicart, Fanny Martin, Jeanne Delplancq, Olivier Goinard pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Rémi Daru, Guadalupe Cassius, Loïc Prian, Marc Doisne pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Erwan Kerzanet, Sylvain Malbrant, Olivier Guillaume pour LE PROCÈS GOLDMAN
Fabrice Osinski, Raphaél Sohier, Matthieu Fichet, Niels Barletfa pour LE RÈGNE ANIMAL
David Rit, Gwennolé Le Borgne, Olivier Touche, Cyril Holtz, Niels Barletta pour LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

CÉSAR DE LA MEILLEURE PHOTO

Simon Beaufils pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Jonathan Ricquebourg pour LA PASSION DE DODIN BOUFFANT
Patrick Ghiringhelli pour LE PROCÈS GOLDMAN
David Cailley pour LE RÈGNE ANIMAL
Nicolas Bolduc pour LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

CÉSAR DU MEILLEUR MONTAGE

Laurent Senéchal pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Francis Vesin pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Valérie Loiseleux pour LITTLE GIRL BLUE
Yann Dedet pour LE PROCÈS GOLDMAN
Lilian Corbeille pour LE RÈGNE ANIMAL

CÉSAR DES MEILLEURS COSTUMES

Jürgen Doering pour JEANNE DU BARRY
Pascaline Chavanne pour MON CRIME
Tran Nu Yên Khê pour LA PASSION DE DODIN BOUFFANT
Ariane Daurat pour LE RÈGNE ANIMAL
Thierry Delettre pour LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

CÉSAR DES MEILLEURS DÉCORS

Emmanuelle Duplay pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Angelo Zamparuiti pour JEANNE DU BARRY
Toma Baquéni pour LA PASSION DE DODIN BOUFF
Julia Lemaire pour LE RÈGNE ANIMAL
Stéphane Taillasson LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

CÉSAR DES MEILLEURS EFFETS VISUELS

Thomas Duval pour ACIDE
Lise Fischer, Cédric Fayolle pour LA MONTAGNE
Cyrille Bonjean, Bruno Sommier, Jean-Louis Autret pour LE RÈGNE ANIMAL
Olivier Cauwet pour LES TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)
Léo Ewald pour VERMINES

CÉSAR DE LA MEILLEURE RÉALISATION

Justine Triet pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Catherine Breillat pour L’ÉTÉ DERNIER
Jeanne Herry pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES
Cédric Kahn pour LE PROCÈS GOLDMAN
Thomas Cailley pour LE RÈGNE ANIMAL

CÉSAR DU MEILLEUR FILM DE COURT MÉTRAGE D’ANIMATION

DRÔLES D’OISEAUX réalisé par Charlie Belin
ÉTÉ 96 réalisé par Mathilde Bédouet
LA FORÊT DE MADEMOISELLE TANG réalisé par Denis Do

CÉSAR DU MEILLEUR FILM DE COURT MÉTRAGE DOCUMENTAIRE

L’ACTEUR, OU LA SURPRENANTE VERTU DE L’INCOMPRÉHENSION réalisé par Hugo David, Raphaël Quenard
L’EFFET DE MES RIDES réalisé par Claude Delafosse
LA MÉCANIQUE DES FLUIDES réalisé par Gala Hernandez Lopez

CÉSAR DU MEILLEUR FILM DE COURT MÉTRAGE DE FICTION

L’ATTENTE réalisé par Alice Douard
BOLÉRO réalisé par Nans Laborde-Jourdàa
RAPIDE réalisé par Paul Rigoux
LES SILENCIEUX réalisé par Basile Vuillemin

CÉSAR DU MEILLEUR FILM D’ANIMATION

INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS réalisé par Alain Ughetto
LINDA VEUT DU POULET réalisé par Chiara Malta, Sébastien Laudenbach
MARS EXPRESS réalisé par Jérémie Périn

CÉSAR DU MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

ATLANTIC BAR réalisé par Fanny Molins
LES FILLES DIOLFA réalisé par Kaouther Ben Hania
LITTLE GIRL BLUE réalisé par Mona Achache
NOTRE CORPS réalisé par Claire Simon
SUR L’ADAMANT réalisé par Nicolas Philibert

CÉSAR DU MEILLEUR PREMIER FILM

BERNADETTE réalisé par Léa Domenach
CHIEN DE LA CASSE réalisé par Jean-Baptiste Durand
LE RAVISSEMENT réalisé par Iris Kaltenbâck
VERMINES réalisé par Sébastien Vanicek
VINCENT DOIT MOURIR réalisé par Stéphan Castang

CÉSAR DU MEILLEUR FILM ÉTRANGER

L’ENLÈVEMENT réalisé par Marco Bellocchio
LES FEUILLES MORTES réalisé par Aki Kaurismâki
OPPENHEIMER réalisé par Christopher Nolan
PERFECT DAYS réalisé par Wim Wenders
SIMPLE COMME SYLVAIN réalisé par Monia Chokri

CÉSAR DU MEILLEUR FILM*

ANATOMIE D’UNE CHUTE réalisé par Justine Triet
CHIEN DE LA CASSE réalisé par Jean-Baptiste Durand
JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES réalisé par Jeanne Herry
LE PROCÈS GOLDMAN réalisé par Cédric Kahn
LE RÈGNE ANIMAL réalisé par Thomas Cailley

*Les 5 films nommés au César du Meilleur Film seront également soumis au vote de 2 286 lycéens pour le César des Lycéens.

Récapitulatif des nominations pour les César 2024

12 pour LE RÈGNE ANIMAL

11 pour ANATOMIE D’UNE CHUTE

9 pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

8 pour LE PROCÈS GOLDMAN

7 pour CHIEN DE LA CASSE

6 pour TROIS MOUSQUETAIRES (PARTIE 1 : D’ARTAGNAN / PARTIE 2 : MILADY)

4 pour L’ÉTÉ DERNIER

4 pour L’AMOUR ET LES FORÊTS

3 pour LITTLE GIRL BLUE

3 pour LA PASSION DE DODIN BOUFFANT

2 pour LE CONSENTEMENT

2 pour JEANNE DU BARRY

2 pour LE RAVISSEMENT

2 pour LE THÉORÈME DE MARGUERITE

2 pour VERMINES

2 pour YANNICK

1 pour L’ABBÉ PIERRE – UNE VIE DE COMBATS

1 pour ACIDE

1 pour L’ACTEUR, OU LA SURPRENANTE VERTU DE L’INCOMPRÉHENSION

1 pour ATLANTIC BAR

1 pour L’ATTENTE

1 pour BERNADETTE

1 pour BOLÉRO

1 pour DE GRANDES ESPÉRANCES

1 pour DISCO BOY

1 pour DRÔLES D’OISEAUX

1 pour L’EFFET DE MES RIDES

1 pour L’ENLÈVEMENT

1 pour ÉTÉ 96

1 pour LES FEUILLES MORTES

1 pour LA FILLE DE SON PÈRE

1 pour LA FÔRET DE MADEMOISELLE TANG

1 pour INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS

1 pour LES FILLES D’OLFA

1 pour LINDA VEUT DU POULET

1 pour MARS EXPRESS

1 pour LA MÉCANIQUE DES FLUIDES

1 pour MON CRIME

1 pour LA MONTAGNE

1 pour NOTRE CORPS

1 pour OPPENHEIMER

1 pour PERFECT DAYS

1 pour RAPIDE

1 pour LES SILENCIEUX

1 pour SIMPLE COMME SYLVAIN

1 pour SUR L’ADAMANT

1 pour VINCENT DOIT MOURIR

1 pour LA VOIE ROYALE

 

Les enfants des autres, sensible et bouleversant !

Les enfants des autres, sensible et bouleversant !

LES ENFANTS DES AUTRES

LES ENFANTS DES AUTRES de Rebecca Zlotowski
Scénario de Rebecca Zlotowski
Avec Virginie Efira, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Callie Ferreira-Goncalves, Yamée Couture, Henri-Noël Tabary, Victor Lefebvre, Sébastien Pouderoux…

Drame – 1H43 – France
Sortie en salles le 21 septembre 2022

Rachel a 40 ans, pas d’enfant. Elle aime sa vie : ses élèves du lycée, ses amis, ses ex, ses cours de guitare. En tombant amoureuse d’Ali, elle s’attache à Leila, sa fille de 4 ans. Elle la borde, la soigne, et l’aime comme la sienne. Mais aimer les enfants des autres, c’est un risque à prendre…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour son sujet presque banal, celui de la place de la belle-mère au sein d’une famille reconstituée ! Un thème qui curieusement a très rarement été abordé au cinéma et surtout sous cette forme, à travers le lien intime, souvent cruel et très déstabilisant qui se tisse avec les enfants. Et quand de surcroit le désir profond de cette femme, pour qui le temps passe, est de donner elle-même la vie… La question se complexifie dangereusement !

Rebecca Zlotowski nous avait habitué à des propositions de cinéma ambitieuses mais qui tenaient parfois le spectateur à distance. Elle nous offre cette fois-ci un film à la fois léger et profond, mais surtout d’une intense puissance émotionnelle. Grâce lui soit rendue d’avoir baissé la garde pour nous offrir avec cette œuvre très personnelle, son plus beau film.

2/ Les superlatifs vont finir par manquer pour dire à quel point Virginie Efira est une immense actrice. Après sa prestation sans faute dans REVOIR PARIS (autre excellent film, signé Alice Winocour, sorti début septembre), elle nous offre à travers Rachel, un personnage d’une intensité folle avec une palette de sentiments impressionnante. On est tour à tour, bousculé et transporté par ce que traverse cette femme qui a peur de rester une figurante dans la vie de son compagnon et de cet enfant.

3/ Si la prestation de Virginie Efira impressionne et bouleverse, il ne faut surtout pas minimiser celles de ses partenaires principaux à commencer par celle de l’excellent Roschdy Zem qui a rarement été montré sous un jour aussi vulnérable. Deux autres comédiennes, Chiara Mastroianni et Yamée Couture, parviennent à faire exister fortement leurs personnages en quelques séquences seulement.
Et puis n’oublions pas Callie Ferreira-Goncalves, interprète de la petite Leila qui apporte à la fois l’innocence et la fraîcheur mais aussi toute la cruauté de sa jeunesse.  
Cette interprétation sans faille de la jeune Callie est l’occasion de citer et féliciter pour ce choix Christel Baras, une remarquable directrice de casting spécialisée dans la découverte d’enfants. LA VRAIE FAMILLE, TOMBOY ou PONETTE font partie des nombreux autres films sur lesquels, elle a casté des enfants dont on se souvient toujours pour leur incroyable justesse.  

Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

"Romain... Au-delà de l'acteur qu'il est, c'est l'homme que j'aimerais être "

3 films en 10 ans, POPULAIRE en 2012, LES TRADUCTEURS en 2020, EN ATTENDANT BOJANGLES en ce mois de janvier 2022. Régis Roinsard prend son temps. Et il a bien raison, tant le scénariste – réalisateur soigne à la fois le fond et la forme de ses films.

Son petit dernier, coécrit avec son fidèle complice Régis Compingt, est librement adapté du roman éponyme d’Olivier Bourdeaut, énorme succès depuis sa sortie en librairie en 2016.

L’histoire est celle de la folle histoire d’amour fou qui lie Camille et Georges. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où Camille va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable…

C’est dans le cadre du Festival du film de société de Royan, où EN ATTENDANT BOJANGLES a remporté le Prix de la meilleure mise en scène et le Prix des lycéens, que j’ai eu le grand plaisir d’échanger avec son heureux réalisateur.

Cin’Ecrans : Comme POPULAIRE, votre premier long-métrage, EN ATTENDANT BOJANGLES est ancré au cœur des années 50-60. Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans cette époque ?
Régis Roinsard : Je crois que je préfère les films en costumes ou d’époque, parce que c’est comme un prisme. Je peux traverser le costume, traverser le décor pour dire des choses personnelles, alors que frontalement et de manière naturaliste, je pense que ce serait plus difficile pour moi. C’est un peu un masque, mais je tente de le percer pour trouver des choses plus intimes et peut être plus fortes.

Je me suis aperçu très récemment et c’est très bizarre en fait, même s’il y a une sorte d’évidence, que la plupart des réalisateurs qui m’ont marqué sont des gens qui n’ont fait quasiment que des films en costumes. J’adore Sergio Leone et il n’a fait que des westerns, ou un péplum au tout début. Les frères Coen n’ont fait qu’un film contemporain. Ce ne sont que des exemples et il y en a bien d’autres, mais je me suis dit « Ah, c’est marrant, je n’y avais pas pensé ».
Et là, pourquoi cette période-là ? Parce que ça se passe un peu dans les années 50, mais surtout dans les années 60 que je vénère, que j’avais envie de filmer cette époque et cette période de cinéma avec en particulier le cinéma italien, et ce que ça peut dégager esthétiquement comme couleur.  Il y a aussi la musique et beaucoup d’autres éléments comme ça.

J’avais envie d’un film flamboyant et avec du souffle mais j’aurais pu aussi l’ancrer dans les années 80 parce que c’est une période un peu folle, en France en particulier. Le film se déroule dans les années 60 mais pour les fêtes, on avait en références plus des choses comme ce qui s’est passé à Paris, au Palace dans les années 80, où tout le monde, toutes les classes se mélangeaient. Et il y avait aussi la dimension psychiatrique car c’est une époque où les traitements psychiatriques ont meurtri les corps pour guérir l’esprit et ça m’intéressait aussi de traiter le film de cette manière.

Comment est née l’envie d’adapter le roman d’Olivier Bourdeaut et de réaliser ce film sur l’amour fou, la folie de l’amour… ?
Régis Roinsard :  En fait, ce qui s’est passé, c’est que plein de gens m’ont dit « Je viens de lire En attendant Bojangles, c’est génial, très émouvant et c’est toi qui dois en faire l’adaptation ! » Ça n’a pas arrêté pendant dix, quinze jours et j’ai donc regardé sur Internet quel était ce livre. J’ai vu qu’il se vendait très bien et que les critiques étaient dithyrambiques, de Télé Star à Libération, ce qui était quand même assez fou.
Ma première réaction a été de dire « non, non, non, ça ne m’intéresse pas, c’est too much ! ». C’est un peu comme quand on vous dit qu’un film, est génial et qu’on n’a pas envie de le voir. Et donc, moi, je n’avais pas envie de le faire.
Ensuite, je ne me sentais pas prêt à adapter un livre car je n’ai écrit pour l’instant que des œuvres originales et travaillé que sur des projets de scénarios originaux.

Même si c’était vraiment anecdotique dans la conversation, je finis par raconter cette histoire à un jeune producteur que je n’appelais pas du tout pour ça. Je lui dis « c’est bizarre, tout le monde m’appelle pour me dire que je dois adapter En attendant Bojangles ! ». Et là, il me dit « Ecoute, je suis à une terrasse de café, je viens de le finir, je suis en larmes. C’est toi qui dois le faire et on le fait ensemble ! » Et ça s’est fait comme ça.
Après, il y a encore eu beaucoup de choses. Je l’ai notamment fait lire à ma femme qui m’a dit « Si tu ne le fais pas, je te quitte » (rire). Il y avait un truc d’alignement des planètes qui était un peu bizarre quand même.

Comme je suis un féru de cinéma, je me souviens d’anecdotes à propos de réalisateurs, et attention, je ne me compare pas du tout à eux évidemment, mais par exemple Francis Ford Coppola ne voulait absolument pas faire LE PARRAIN parce qu’il détestait le roman. Tout le monde l’a poussé et finalement, il en a fait un film formidable. La famille de Steven Spielberg l’a poussé à faire CATCH ME IF YOU CAN (NDLR ; ARRÊTE-MOI SI TU PEUX) donc, parfois, on se dit que quand il y a des trucs comme ça, il faut les entendre et j’ai entendu ! Il ne faut pas avoir de regrets.

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Comment s’approprier l’histoire d’un autre, comment avez-vous procédé avec votre fidèle coscénariste Romain Compingt pour adapter le roman d’Olivier Bourdeaut ?  
Régis Roinsard : Le point de départ et la chose la plus importante est que j’ai rencontré l’auteur, je lui ai dit que j’allais le trahir et que je pouvais même le trahir énormément…
Et il a souri. Là, je me suis dit « c’est bon ! ». C’est-à-dire que je pouvais être libre dans tout, je n’avais pas à me poser la question « Est-ce que je dois lui plaire ? Est-ce que je dois plaire à la maison d’édition ? Est-ce que je dois plaire au lecteur ? » car c’est quand même 900 000 exemplaires vendus…
Donc, je me suis dit « Je fais le film que j’ai envie de faire ». Mais il y a un double regard sur ce récit parce que d’abord il y a le scénario et l’adaptation faite avec Romain Compingt, avec qui j’avais écrit mes deux précédents films. J’étais sûr que ça allait lui plaire parce que je sais qu’il adore les personnages féminins comme ça, fantasques.
Avec Romain, on a construit la base de cette adaptation, à travers le style qu’on voulait y mettre, à travers une structure qui est différente de celle du livre et puis à travers les points de vue aussi. Une fois qu’on s’était mis d’accord sur ces points, on s’est dit que c’était Romain qui allait écrire tous les dialogues et leur adaptation.
Ça peut paraitre étrange, mais en ayant ce recul-là, je pouvais m’accaparer ces dialogues et les rendre encore plus personnels. Parfois quand on écrit des choses, au fond c’est trop proche de soi, on peut donc s’autocensurer et ne pas dire les choses. Pour ma part, j’ai un centre de relation fluctuant entre ce que je peux dire personnellement et ce que je ne peux pas dire. J’essaie de débloquer ça et là, ça me permettait de le faire.

Bizarrement, alors que je peux me retrouver, très, très intimement dans les personnages de POPULAIRE ou des TRADUCTEURS, là ce n’était pas le cas, ce n’est pas moi. Et donc, d’un seul coup, je me battais encore plus pour ces personnages.  
Récemment mon mixeur, Cyril Holtz qui est un grand mixeur, m’a dit en voyant le film « Qu’est-ce que c’est courageux de faire un film qui raconte une telle histoire d’amour dans le paysage cinématographique actuel ». Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte parce que c’était assez naturel mais c’est vrai que c’est complètement anachronique, presque de raconter une telle histoire d’amour à l’écran. Et puis, c’est quelque chose d’hybride parce que c’est une comédie mais aussi un drame, mais pas que…
Le terme exact, peut-être, mais je n’en suis pas certain, ce serait comédie mélodramatique musicale, mais c’est un peu long (sourire). En même temps, on ne raconte pas 1 milliard de choses parce qu’il vaut mieux raconter précisément une ou deux choses que d’en raconter 10 000 dans un film !

Comment avez-vous composé votre casting ?
Régis Roinsard :
Pour les personnages de Camille et Georges, je ne les ai pas choisis individuellement. Je me suis dit « Choisissons un couple ». Donc j’ai mis des photos d’acteurs français et le choix a été très, très rapide. Au final, j’ai dit « Wow !  Je ne les ai jamais vus ensemble à l’écran et j’en ai trop envie ». J’adore Virginie depuis le début, même dans des trucs pourris, et que les autres réalisateurs ne m’en veuillent pas, mais je la trouvais toujours très bien. Quant à Romain, j’ai déjà travaillé avec lui sur POPULAIRE et au-delà de l’acteur qu’il est, c’est l’homme que j’aimerais être parce que je le connais un peu personnellement. Il est tellement généreux, tellement pas calculateur…
Donc on leur a envoyé le scénario en même temps. Ils savaient, tous les deux, que l’autre lisait et ils ont accepté en même temps.
Pour un film assez lourd, comme celui-ci, avec notamment des costumes et un enfant très présent et brillant comme Solan Machado-Graner … il vaut mieux avoir des Stradivarius comme eux.
Avant de commencer le film, j’ai rencontré Mikhaël Hers, le réalisateur d’AMANDA, parce que je trouvais la petite fille de son film formidable. Je lui ai demandé comment travailler avec les enfants, avec notamment la contrainte du temps légal de tournage réduit. Il m’a dit « Il faut que les acteurs adultes soient hyper bons tout de suite pour que ça fonctionne. Et donc avec Romain, Virginie plus Grégory (NDLR, Gadebois), autre Stradivarius, c’était plus simple en fait.  Ça nous permettait également de gagner du temps et donc de changer un peu des choses du scénario, d’improviser et d’être plus libre…

Que pouvez-vous nous dire à propos de votre mise en scène qui ose beaucoup. Elle assume aussi certains partis-pris qui nous ramènent à un cinéma qu’on ne voit pratiquement plus, un peu à la manière d’Hitchcock. Je pense notamment à la séquence en voiture au début du film ?
Régis Roinsard : 
Le procédé que j’utilise est complètement hitchcockien, pour le coup, parce qu’Hitchcock ne faisait pas ses écrans projetés juste parce que, techniquement, c’était la méthode qu’il fallait employer à l’époque. Non, il y a plein de plans qui peuvent se faire de manière naturelle, mais en faisant un écran projeté d’un seul coup, ça crée du rêve et de l’étrangeté.
Et dans ce film, comme les deux personnages commencent à vivre dans le rêve, je me suis dit que j’allais employer la même technique pour obtenir la même sensation. Et le truc assez marrant, c’est que d’un seul coup, je peux faire un mouvement de caméra impossible à réaliser à cette époque puisqu’on contourne complètement l’écran. Donc, l’idée c’est aussi de s’amuser avec ça. Et surtout, j’ai voulu beaucoup de mouvement avec du sens, mais aussi beaucoup de souffle. Je voulais, que ce soit fougueux, le plus souvent possible.

Comme dans les scènes de danse dont celle, assez magique, qui se déroule à l’extérieur du château… Comment avez-vous préparé et imaginé leurs mises en images ?
Régis Roinsard :
La mise en images, elle est déjà à l’écriture du scénario avec Romain, avec qui on en a beaucoup parlé. Comme je le disais, je voulais que ce soit fougueux. C’est vrai aussi que, maintenant, j’ai quand même un peu d’expérience après avoir réalisé de nombreux courts métrages et des clips musicaux, ça commence à venir très naturellement. Je ne me pose pas trop de questions et le sens, finalement, arrive. J’aime beaucoup l’aspect collaboratif d’un film, donc avec mon chef op, on travaille beaucoup ensemble, on établit des plans, on reconstruit par rapport aux repérages effectués.

Pour les séquences de danse, comme celle du tango au début du film où on avait une fenêtre de tir très petite pour tourner, on est resté deux ou trois jours à l’hôtel pour découper tous les plans en faisant des photos et en se servant d’un outil très pratique sur iPhone, où on peut simuler les bonnes optiques, les styles de caméra… Donc, on a préparé tous les plans comme ça. Et concrètement pour la danse, c’est Marion Motin qui a travaillé, entre autres, avec Stromae ou Christine and the Queens, qui a fait les chorégraphies. L’important était de donner du sens dramatique à la danse, sans forcer la technique. Il fallait surtout laisser beaucoup de place à l’interprétation et à l’intensité de l’incarnation. Et je dois dire que je suis relativement fier de cette séquence dont vous parlez.

Propos recueillis par Jean-Luc Brunet.
Remerciements à Audrey Grimaud, au cinéma Le Lido de Royan et à son directeur Guillaume Mousset pour l’organisation de cet entretien.