LES LUEURS D'ADEN

Un film de Amr Gamal
Scénario de Amr Gamal & Mazen Refaat
Avec Khaled Hamdan, Abeer Mohammed, Samah Alamrani…
Drame – 1h31 – Yémen – Soudan – Arabie saoudite
Sorti en salles le 31 janvier 2024

Disponible en DVD & VOD – 18 juin 2024 – Blaq out
Version originale arabe sous-titrée en français – Dolby digital 2.0 & 5.1

L’histoire 
Isra’a vit avec son mari Ahmed et ses trois enfants dans le vieux port de la ville d’Aden, au sud du Yémen. Leur vie quotidienne est rythmée par les effets de la guerre civile : contrôles militaires dans les rues, pannes de courant fréquentes, et rationnement de l’eau. Ahmed, qui travaillait pour la télévision, a dû quitter son poste à la suite de nombreux salaires impayés, pour devenir chauffeur. Ils ont à peine de quoi offrir à leurs enfants une vie normale et une bonne éducation.

Quand Isra’a apprend qu’elle est à nouveau enceinte, le couple doit faire face à une nouvelle crise. Ils savent tous les deux qu’ils ne peuvent pas se permettre un quatrième enfant, d’autant qu’ils doivent déménager dans un logement moins cher et qu’il faut payer les frais d’inscription d’école. Ensemble, ils décident d’avorter. Une amie médecin va peut-être les aider….

Le film ***1/2
Avec LES LUEURS D’ADEN, son second long métrage, inspiré de faits réels, le cinéaste yéménite Amr Gamal s’attaque de front au sujet tabou de l’avortement et nous livre une remarquable chronique sociale et politique.

Sur un rythme très posé, qui aurait pu confiner à l’ennui, le réalisateur parvient à capter toute notre attention et à nous captiver avec ce récit poignant autour de la question de l’interruption volontaire de grossesse quand elle se confronte aux instances et aux principes religieux. Saluons aussi sa volonté de traiter ce sujet de l’avortement, souvent évoqué du seul point de vue féminin, à travers celui d’une famille entière.

Pour filmer la ville d’Aden, le cinéaste a judicieusement adopté une approche quasi documentaire. On sent parfaitement sa volonté de témoigner pour les générations futures du quotidien d’un pays et de l’intense fragilité d’une ville en plein chaos.

Le spectateur ressent ainsi viscéralement combien la vie quotidienne est encore très compliquée au Yémen, un pays qui sort tout juste de huit années d’une terrible guerre civile. Un quotidien marqué par une inflation folle, le rationnement de l’eau, des abus de pouvoir, des services médicaux et hospitaliers soumis à l’arbitraire…

Amr Gamal porte un regard jamais manichéen et toujours à juste distance sur ses personnages principaux, à commencer évidement par ce couple qui affronte un véritable parcours du combattant pour aboutir à ses fins.

Un autre personnage s’avère complexe et passionnant à suivre, c’est celui de Muna, leur amie médecin tiraillée entre sa conviction intime et son désir d’aider le couple dont elle désapprouve la démarche.

LES LUEURS D’ADEN
a été, l’hiver dernier, le premier film de fiction yéménite à être distribué en France. Ne le laissez pas passer, d’autant qu’il vous est désormais proposé à domicile…

Bonus ***1/2
Amr Gamal in conversation with Ali Bin Amer – Entretien avec le cinéaste Amr Gamal (26mn47)

Un bel échange entre Amr Gamal et Ali Bin Amer, habitant d’Aden et collègue du personnage qui a inspiré le protagoniste du film, est proposé en bonus de ce second long métrage du cinéaste.

Filmé dans sa maison familiale, qui a servi de décor au film, le réalisateur revient évidemment sur le thème principal de son film, à savoir l’avortement pour raisons économiques.

Il évoque également la crise majeure traversée par son pays après 8 années de guerre, sans oublier de revenir sur le tournage du film, sur l’importance cruciale de filmer la ville et sur la place des femmes dans la société yéménite.

Enfin, on y apprend que LES LUEURS D’ADEN n’a pas encore été montré à Aden, ville dont les cinémas ont été détruits après la guerre de 1994.
En effet, Amr Gamal a fait le choix d’attendre la restauration, sous l’égide de l’UNESCO, de l’ancien cinéma Arwa, pour y proposer la première du film dans le pays.
L’idée étant d’apporter un impact significatif à la scène culturelle locale et contribuer également à redonner vie à un véritable cinéma à Aden. C’est tout le bien que l’on souhaite au cinéaste et aux habitants d’Aden.

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