On en redemande En corps !

On en redemande En corps !

EN CORPS

Comédie dramatique – 2021 – 1h57- France
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch, Santiago Amigorena
Distribution : Marion Barbeau, Hofesh Shechter, Denis Podalydès, Pio Marmaï, François Civil, Muriel Robin, Souheila Yacoub…

Sorti en salles le 30 mars 2022

Disponible en VOD, BR & DVD chez Studiocanal

En DVD

DVD9 – format 1.85 – 16/9 compatible 4/3
Langues : Français 2.0 et 5.1 dolby digital, audiodescription 2.0 dolby digital
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants

En blu ray

BD 50 – format 1.85 haute définition 1080P
Langues : Français 5.1 DTS HD Master audio, audiodescription 2.0 DTS
Sous-titres : Français  pour sourds et malentendants

Le pitch
Elise, 26 ans est une grande danseuse classique. Elle se blesse pendant un spectacle et apprend qu’elle ne pourra plus danser. Dès lors sa vie va être bouleversée, Elise va devoir apprendre à se réparer… Entre Paris et la Bretagne, au gré des rencontres et des expériences, des déceptions et des espoirs, Elise va se rapprocher d’une compagnie de danse contemporaine. Cette nouvelle façon de danser va lui permettre de retrouver un nouvel élan et aussi une nouvelle façon de vivre.

L’avis Cin’Ecrans
Avec plus de 1,3 millions de spectateurs en salles, Cédric Klapisch s’est offert un nouveau et très mérité succès en salles, d’autant que la période a vu bon nombre de films ne pas trouver leur public.

Il faut dire que cela fait des années que le réalisateur tourne autour du monde de la danse à travers, notamment, de nombreuses captations de spectacles pour l’Opéra de Paris et d’un documentaire-portrait AURÉLIE DUPONT, L’ESPACE D’UN INSTANT. Cette fois-ci c’est par le biais de la fiction que le réalisateur nous invite à partager sa passion pour la danse. 

Cédric Klapisch ne lâche pas d’un chausson sa jeune héroïne qu’un accident oblige à se remettre en question…  Le spectateur, lui, s’émerveille, s’émeut et vibre au diapason d’Elise. Une jeune femme vibrante et fougueuse qui se découvre et s’ouvre aux autres, en même temps qu’elle se réinvente grâce à des formes de danse nouvelles pour elle.

Cédric Klapisch prouve une fois de plus son amour des acteurs avec un casting qui regroupe quelques habitués de son cinéma comme les deux frères de CE QUI NOUS LIE François Civil et Pio Marmaï (au coeur de deux séquences jubilatoires) mais aussi quelques petits nouveaux comme Souheila Yacoub (CLIMAX de Gaspar Noé, ENTRE LES VAGUES d’Anaïs Volpé…), Denis Podalydès et Muriel Robin, surprenante et très convaincante.
Et EN CORPS doit bien sûr une grande partie de sa réussite au choix du réalisateur d’avoir offert le rôle d’Elise à Marion Barbeau.
Cette actrice novice mais douée et danseuse émérite de l’Opéra de Paris se prête avec une gourmandise non dissimulée aux joies de la danse contemporaine avec les danseurs de la magnifique compagnie du danseur chorégraphe et compositeur israélien Hofesh Shechter.

Cédric Klapisch a entièrement dédié son film au mouvement et à la vie. Rarement la passion de la danse et le langage du corps n’auront et été aussi bien filmés, avec une caméra toujours à la bonne place. Ce parti pris de partager le bonheur des danseurs et son plaisir de spectateur-réalisateur est plus que communicatif. Et en fin de projection, on n’a qu’une envie, celle de crier « Encore… En corps ! » Vous pouvez désormais le faire grâce à cette sortie numérique.

En corps

Bonus DVD
PAS DE DEUX AVEC CÉDRIC KLAPISCH – documentaire réalisé par Jean-Luc Perréard.
Un seul mais conséquent bonus est proposé pour accompagner le film. Il s’agit d’un documentaire de 44 minutes, réalisé par un fidèle complice de Cédric Klapisch, Jean-Luc Perréard (lui-même réalisateur de fiction – ITINÉRAIRE BIS en 2010).
La belle complicité des deux hommes fait que Cédric Klapisch se confie avec beaucoup de franchise et de naturel sur la préparation et le tournage de ce film qui s’est déroulé durant le premier confinement.
Le réalisateur nous livre quelques secrets de tournage mais nous raconte surtout sa fascination pour la danse et nous explique en quoi le travail du chorégraphe Hofesh Shechter a été important et complémentaire du sien.
On est aussi passionné par les propos recueillis par Jean-Luc Perréard auprès du chorégraphe israélien, de Florence Clerc, danseuse étoile et maître de ballet (la partie classique de l’histoire) et bien sûr de la formidable révélation du film Marion Barbeau, l’interprète d’Elise.
Cerise sur le gâteau, c’est un plaisir galvanisant de découvrir les coulisses de tournage de la re création, live pour le film, d’une pièce phare de la carrière d’Hofesh Shechter, POLITICAL MOTHER.

En salle – En corps – The show must go on…

En salle – En corps – The show must go on…

- EN CORPS -

EN CORPS de Cédric Klapisch
Avec Marion Barbeau, Hofesh Shechter, Denis Podalydès, Pio Marmaï, François Civil, Souheila Yacoub, Muriel Robin…
Comédie dramatique – 2021 – 2h00 – France
Sortie en salles le 30 mars 2022

Elise, 26 ans est une grande danseuse classique. Elle se blesse pendant un spectacle et apprend qu’elle ne pourra plus danser. Dès lors sa vie va être bouleversée, Elise va devoir apprendre à se réparer…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Cela fait quelques années que Cédric Klapisch tourne autour du monde de la danse à travers de nombreuses captations de spectacles pour l’Opéra de Paris et avec le documentaire-portrait AURELIE DUPONT, L’ESPACE D’UN INSTANT. Cette fois-ci c’est par le biais de la fiction que le réalisateur nous invite à partager sa passion pour la danse.  
Avec ce quatorzième et palpitant long-métrage, le généreux réalisateur ajoute une œuvre majeure à son déjà très riche parcours.
Afin d’être immédiatement plongé dans l’ambiance, EN CORPS s’ouvre sur une longue et ambitieuse séquence de danse classique, alors même que son personnage principal ne nous a pas été présenté. La suite est au diapason et la caméra de Cédric Klapisch ne lâche plus d’un chausson sa jeune héroïne qu’un accident oblige à se remettre en question…  Le spectateur s’émerveille, s’émeut et vibre au diapason d’Elise qui se découvre et s’ouvre aux autres, en même temps qu’elle se réinvente grâce à d’autres formes de danse…

2/ Cédric Klapisch prouve une fois de plus son amour des acteurs avec un casting qui regroupe quelques habitués de son cinéma comme les deux frères de CE QUI NOUS LIE François Civil et Pio Marmaï (au coeur de deux séquences jubilatoires) mais aussi quelques petits nouveaux comme Souheila Yacoub (CLIMAX de Gaspar Noé, ENTRE LES VAGUES d’Anaïs Volpé…), Denis Podalydès et une Muriel Robin très surprenante. La comédienne aborde ici frontalement le registre de l’émotion (mais avec toujours une pointe d’humour), avec son très beau personnage de propriétaire de résidence pour artistes. Espérons que sa remarquable composition inspirera d’autres metteurs en scène à l’avenir.
Et EN CORPS doit bien sûr une grande partie de sa réussite au choix du réalisateur d’avoir offert le rôle d’Elise à Marion Barbeau.
Cette actrice novice mais douée et danseuse émérite de l’Opéra de Paris se prête avec une gourmandise non dissimulée aux joies de la danse contemporaine avec les danseurs de la magnifique compagnie du danseur chorégraphe et compositeur israélien Hofesh Shechter.

3/
Pour la mise en scène affutée de Cédric Klapisch entièrement dédiée au mouvement et à la vie. Rarement la passion de la danse et le langage du corps n’auront et été aussi bien filmés, avec une caméra toujours à la bonne place.
Le cinéaste a privilégié la notion de plaisir intense procuré par la danse plutôt que de montrer les souffrances infligées au corps pour atteindre une certaine forme de perfection, même si la notion de douleur et de dépassement de soi est néanmoins présente dans le film. Ce parti pris de partager le bonheur des danseurs et son plaisir de spectateur-réalisateur est plus que communicatif. Et en fin de projection, on n’a qu’une envie, celle de crier « Encore… En corps ! »

Interview – Enquête sur un scandale d’état – Thierry de Peretti

Interview – Enquête sur un scandale d’état – Thierry de Peretti

« Pour moi, il n'y a pas de doute, le film est du côté de la fiction » Thierry de Peretti

Octobre 2015. Les douanes françaises saisissent sept tonnes de cannabis en plein cœur de la capitale. Le jour même, un ancien infiltré des stups, Hubert Antoine, contacte Stéphane Vilner, jeune journaliste à Libération. Il prétend pouvoir démontrer l’existence d’un trafic d’État dirigé par Jacques Billard, un haut gradé de la police française….

Magistralement porté par Roschdy Zem et Pio Marmaï, ENQUETE SUR UN SCANDALE D’ETAT est le troisième long-métrage de Thierry de Peretti après LES APACHES et UNE VIE VIOLENTE.

Avec cet ambitieux thriller politique, Thierry de Peretti nous entraine dans une passionnante plongée au cœur des coulisses d’un trafic de drogues. Le scénariste – réalisateur qui se garde bien d’asséner une vérité / sa vérité aux spectateurs navigue, au fil des récits de ses principaux protagonistes, dans les méandres de la presse et dans les recoins les plus sombres de  la république.  

ENQUETE SUR UN SCANDALE D’ETAT est un film qui questionne, à tous les niveaux, la véracité de ce qui est dit et montré.
A l’image de la brillante mise en scène de Thierry de Peretti, tout dans cette histoire n’est que faux semblants. La frontière entre cinéma et réalité a rarement été aussi bien mise en évidence que dans ce film de fiction, très documenté…  

ENQUETE SUR UN SCANDALE D’ETAT, votre 3ème long métrage est présenté en ouverture du 1er Festival du film de société de Royan. Vous resterez donc, à jamais, le 1er réalisateur à y avoir présenté votre travail. C’est important pour vous d’accompagner votre film sur un événement comme celui-ci ?

Thierry de PerettiOui, c’est très bien et très important ! J’espère que ça va porter bonheur au festival, surtout.
C’est d’autant plus important aujourd’hui que des festivals, comme celui-ci, puissent exister parce que c’est un peu compliqué en ce moment de faire revenir les spectateurs en salle, Il y a eu une petite hémorragie, notamment pour le cinéma indépendant. Et puis ce qui est bien quand on se déplace en  festival, c’est de rencontrer les gens, de parler, de discuter après la projection. C’est aussi un rapport qu’on n’a plus après, une fois que le film sort.

Ce troisième film est le premier que vous n’ayez pas initié et le premier qui ne se déroule pas en Corse. Avez-vous eu peur de ne pas réussir à vous approprier ce projet ?
C’est vrai que pour beaucoup de réalisatrices et réalisateurs, il y a toujours ce fantasme de se voir proposer une commande, comme si ça allait pouvoir court circuiter le délai d’écriture du scénario, de l’invention du récit, qui sont les temps les plus longs. Moi, ce n’est pas quelque chose qui m’a fait fantasmer parce que de toute façon, c’est très long de faire un film. Moi ça me prend plusieurs années, donc il faut être vraiment sûr qu’on ne va pas s’ennuyer en cours de travail. Il faut s’assurer que le sujet est suffisamment profond et mystérieux afin que deux ans après j’en ai encore envie et qu’il y ait quelque chose qui se renouvelle.

Après UNE VIE VIOLENTE, j’avais envie de faire un pas de côté, je l’ai fait et je pense que je ne le ferais plus. C’est vrai que la proposition de départ était l’adaptation du livre écrit par Emmanuel Fansten et par Hubert Avoine, à la première personne. Ce n’est pas qu’elle ne correspondait pas, mais elle était vraiment éloignée de moi et c’était surtout le récit d’Hubert (ndlr; Roschdy Zem dans le film). Je ne voyais pas comment le retranscrire. Il aurait fallu que je l’accompagne pas à pas, que j’assiste à tout. Je ne peux pas raconter, prendre uniquement pour argent comptant ce qu’il me dit et de réaliser un film de propagande sur lui.

À qui appartiennent les récits ? À qui appartiennent les histoires ? Ça, ça m’intéresse ! Est-ce que l’histoire appartient à Hubert ? Est ce qu’elle appartient à la société, à la vie ?
Le trafic de drogue, la lutte contre le trafic, Hubert la raconte. Stéphane (interprété par Pio Marmaï) raconte l’histoire d’Hubert qui raconte et moi, je raconte la relation des deux qui racontent une histoire. Ça m’intéresse, non pas comme une mise en abîme mais plutôt comme une remise en perspective permanente d’un même récit, d’une même histoire, d’un même territoire de fiction, de politique et de société.

Qu’est-ce qui vous fascine particulièrement dans la relation qui lie Hubert Antoine à Stéphane Vilner et la manière dont elle évolue ?
C’est à la fois la relation humaine, la relation d’amitié et la relation quasiment amoureuse entre les deux. C’est passionnant d’observer leur relation de travail, une relation quasiment auteur / sujet ou metteur en scène / acteur, et la tension qui en résulte m’intéresse.
Ces personnages n’auraient pas dû se rencontrer. C’est-à-dire un premier, parisien plutôt jeune et un autre, pas parisien, qui vient d’un autre environnement politique avec un autre imaginaire et d’une autre génération. Il y a une dynamique de fiction qui m’intéresse et tous les deux, dans cette relation-là, sont porteurs d’un récit profondément contemporain et politique. Si on les met ensemble et qu’on les suit, même dans des moments qui ne sont absolument pas spectaculaires en termes d’action, je trouve que ça produit du récit, ça produit du sens, juste en les observant manger, discuter entre eux, et voir à quel moment ils vont reconnecter pour raconter l’histoire.

Avez-vous l’impression avec ce film d’avoir réussi à percer le mystère d’Emmanuel Fansten et d’Hubert Avoine, les protagonistes de ce récit ?
Qu’est-ce que serait le mystère d’Hubert ? Évidemment ça m’intéresse de savoir du personnage s’il dit la vérité ou s’il ment mais ce n’est qu’une des dimensions de quelqu’un. Je n’ai pas envie de savoir que ça. Ça m’intéresse de savoir si, à un moment donné, il dit la vérité et si à un autre moment, il y a mensonge. Mais c’est la somme de tous ces moments qui m’intéresse. Ça ne m’intéresse pas de regarder le monde à cette aune-là, de dire « Est-ce que c’est vrai ou est-ce que c’est faux ? »
J’ai l’impression que la question de la vérité n’est pas à cet endroit-là, elle a plus à voir avec la réalité, avec la justesse. La vérité d’une femme ou d’un homme est son récit, mais elle n’est pas une information vraie ou fausse qu’il ou elle va donner.
Ce qui constitue quelqu’un est plus complexe que ça. Mais c’est sûr qu’il y a un mystère. Le mystère d’Hubert ou de Stéphane, c’est leur énergie, leur fonctionnement, leur façon de raconter, de penser, de parler. C’est ça qui m’intéresse. C’est comment ils comprennent les choses et comment ils les restituent. Ça, ça me plaît parce que je peux les comprendre si je les inscris comme des personnages de théâtre antique qui font le récit de quelque chose. Et c’est vrai qu’au théâtre antique, quand on raconte une bataille, on ne se pose jamais la question de savoir si c’est vrai ou faux. Ça, ce sont des questionnements modernes et intéressants, mais qui invalident plein d’autres choses et notamment le rapport poétique au monde.

C’est pour cela que vous avez tiré de ce récit une fiction très documentée et pas un documentaire ?
Exactement ! Mais la fiction aujourd’hui, elle est irriguée par le documentaire ou en tout cas par le documentaire de création qui explose tous les cadres et pas du tout par le reportage. C’est pour ça que je suis toujours embêté quand on me dit que le film est quelque part entre documentaire et fiction, car je sais ce qu’il y a derrière… En disant ça, c’est une façon d’invalider la fiction, la mise en scène et la poésie.
Pour moi, il n’y a pas de doute, le film est du côté de la fiction. Ce n’est pas parce que je vais raconter exactement les choses telles qu’elles sont supposées s’être passées, ce n’est pas parce les mots des personnages ont été prononcés par les vrais protagonistes, que c’est du documentaire. J’essaie de proposer une équivalence de cinéma à ce que j’ai perçu de la réalité de ce moment- là. Le cinéma de fiction passe par la mise en scène, par des choix, par ce qu’on regarde et de quelle façon on monte le film… Il y a la possibilité de faire de la fiction en inventant, en brodant des scènes, mais ce n’est pas le propos du film.

Pouvez-vous nous expliquer vos choix de cadrage et celui du format du film, qui laissent beaucoup de place et de liberté au spectateur, qui le rendent actif…
Il y a à la fois beaucoup de liberté et peu de liberté. En fait, le film est libre dans sa narration, libre de pouvoir changer, de faire des virages à 180 degrés à l’intérieur du récit pour qu’il ait, comme les personnages, sa propre indépendance. Et pour ça, il faut que les acteurs puissent s’autonomiser par rapport à un cadre, par rapport à des marques. En même temps, les plans ne sont pas si larges que ça, même si on n’est pas serrés sur les visages. Ce type de plan permet une collecte énorme de détails, même si on ne peut pas tout voir. On choisit en tant que spectateur de regarder tel ou tel détail et le plan séquence, le 1/33, le 1/37 ou le 4/3 permettent ça parce que si le plan n’est pas sur les côtés, il y a un travail sur le haut et le bas qui permet de voir autrement et de façon plus précise. Ainsi, les personnages peuvent moins mentir, ils peuvent être plus libres de bouger, de s’enfuir, de se réinventer. En même temps, ces personnages et le film sont obligés de tout dévoiler mais c’est au spectateur de choisir ce qu’il a envie de voir ou de collecter comme données.

Avez-vous été parfois perdu par la complexité de la situation, comme peut l’être le spectateur, par instants ?
Bien sûr, tout le temps ! C’est d’ailleurs une des choses que j’avais envie de proposer. C’est à dire d’être à la fois perdu et en même temps de comprendre certaines choses
La tentative du film, c’est qu’au début, on est ensevelis sous les données, les informations avec des points de vue et des récits qui changent.  On a le récit de la procureure de la République, celui du policier, de l’éditorialiste et de Hubert.  On s’aperçoit au fur et à mesure des passages de relais dans les récits qu’on en sait finalement plus que ce que l’on croyait. J’aime bien cette sensation au cinéma de se dire « Mais je ne comprends absolument rien, je ne vais pas pouvoir tenir comme ça » et au bout d’un moment, arriver à faire son chemin et se rendre compte que les différentes façons de raconter une histoire permettent d’en savoir un peu plus.
Il y a quelque chose de musical là-dedans, c’est à dire qu’il y a une oreille qui se forge au fur et à mesure du film.
C’est ce que j’avais envie de ramener des rencontres avec Hubert et Emmanuel quand je les entendais parler. J’avais cette impression de ne pas bien comprendre ce qu’ils disaient, que j’étais toujours en retard d’un wagon parce qu’eux pensent trop vite, parce qu’ils connaissent parfaitement ce dont ils parlent. Ils pensent vite et moi je comprends tout mais je ne comprends rien… (sourire)

Les entendre parler, penser, construire leur pensée, se compléter a mis à jour mes représentations sur le sujet. Souvent, après avoir passé du temps avec eux, j’avais à coeur de raconter ces rencontres à des amis, de leur refaire ce récit mais c’était très difficile à faire et d’être à la hauteur de ça.
Petit à petit, je me suis dit qu’il fallait que j’arrive à raconter cette histoire mais aussi à expliquer les modalités de la consommation de drogue aujourd’hui, les stratégies mises en place pour lutter contre le trafic  et pourquoi ces doctrines et ces stratégies peuvent être scélérates. Toutes ces questions-là, elles sont captivantes mais uniquement si on arrive à en faire le récit, pas uniquement de dire « c’est vrai, ce n’est pas vrai… C’est bien, c’est mal… Voilà les policiers corrompus et voilà les gentils… » C’est complexe, en fait !

Il y a une scène emblématique à propos de cette question de la complexité, c’est celle du procès, où le personnage de Billard, incarné par Vincent Lindon, prend la parole très longuement et semble reconstituer une partie du puzzle de ce récit…
En effet, il reconstitue en reprenant la parole, ce qui paraît le moindre des choses. En même temps, ça confirme que chacun a son point de vue. Lui a ses raisons mais il faudrait aussi interroger le fait qu’on a un commissaire divisionnaire avec un rôle opérationnel mais aussi politique. Au final, il se transforme un peu en vendeur de voitures !  C’est à dire qu’il vend, lui aussi, une stratégie, une doctrine et je ne suis pas obligé de l’acheter, de l’adopter. Mais c’est ça qui est troublant !  À partir du moment où ce qu’il dit est construit, crédible, on n’interroge plus la question morale alors que c’est à partir de ce moment-là qu’on devrait l’interroger.

Et bizarrement, c’est à ce moment-là que je peux épouser le point de vue du journaliste, uniquement à ce moment-là, alors que jusqu’à présent, sa façon de taper sur le commissaire me dérange car il est, je pense, la meilleure personne à l’endroit où il se trouve, au moment où il doit faire les choses.
Mais la question morale se pose de savoir si la lutte contre le trafic de la drogue doit se faire de cette façon-là.

Au moment du tournage, l’affaire est toujours en cours. Comment avez-vous finalisé l’écriture du film ?
La scène du procès s’est écrite au milieu du tournage puisque le procès en diffamation, l’attaque en diffamation intentée par le conseil de Jacques Billard à Libération, à son éditorialiste et à son journaliste, a eu lieu pendant le tournage. Le film ne se terminait pas comme ça, on a donc changé. On l’a fait, pas simplement parce que c’était une bonne idée, mais parce que c’était une façon aussi pour le film d’épouser ce qui se passait et en ayant confiance aussi dans le fait que ça allait produire du cinéma et un renversement de point de vue.

Pouvez-vous nous parler des longues séquences au cœur des locaux de libération ?
L’essentiel des séquences chez Libération, ce sont les scènes de comités de rédaction qui ont été préparées très en amont par les actrices et les acteurs. En fait, c’est un énorme travail de préparation d’imaginer comment restituer ce quotidien.
L’expérience que fait l’équipe du film, les actrices et les acteurs, c’est de réaliser un vrai comité de rédaction qui existe au moment où on le tourne, avec des prises effectivement très longues du temps d’un comité de rédaction de 45 ou 50 minutes. La parole s’y prend et se déploie autour des départements société, police, justice, sport, culture, politique internationale. Donc, il y a quelque chose de performatif au moment où on le met en scène même si finalement on le réduit au montage.  Les comédiens sont incroyables, mais c’est un gros, gros travail de préparation parce que l’idée, c’est que le travail ne se voit pas justement.

Propos recueillis par Jean-Luc Brunet.

Remerciements à Audrey Grimaud et au Festival du film de société pour l’organisation de cet entretien.

En salle – La fracture – Chaos de vie

En salle – La fracture – Chaos de vie

- La fracture -

LA FRACTURE de Catherine Corsini avec Marina Foïs, Valéria Bruni-Tedeschi, Pio Marmaï, Aïssatou Diallo Sagna…
Comédie dramatique 2021 – 1H38
Sortie en salles le 27 octobre 2021

Raf et Julie, un couple au bord de la rupture, se retrouvent dans un service d’Urgences proche de l’asphyxie le soir d’une manifestation parisienne des Gilets Jaunes. Leur rencontre avec Yann, un manifestant blessé et en colère, va faire voler en éclats les certitudes et les préjugés de chacun. À l’extérieur, la tension monte. L’hôpital, sous pression, doit fermer ses portes. Le personnel est débordé. La nuit va être longue…

LA FRACTURE faisait partie de la Sélection officielle en compétition du Festival international du film de Cannes 2021

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour son ancrage puissant dans l’actualité sociale et politique de notre pays. La réalisatrice propose un instantané saisissant de la France de 2020 et de cet hôpital au bord de la rupture malgré l’engagement et le dévouement sans faille de la plupart des femmes et hommes qui le constituent. Le film rend un bel hommage à ce personnel soignant à qui on voudrait parfois faire baisser les bras, faute de les aider réellement…

2/ Après deux films d’époque, déjà très réussis, LA BELLE SAISON et UN AMOUR IMPOSSIBLE, Catherine Corsini est de retour avec LA FRACTURE, un film ancré dans notre quotidien de 2020. La scénariste – réalisatrice s’affranchit avec bonheur des principaux écueils liés à ce type de projet. Elle nous offre un film contemporain, jamais manichéen, à l’équilibre parfait.
LA FRACTURE est à la fois, une tragicomédie (aux situations parfois même à la limite du burlesque), un drame social, un film politique, voire un documentaire sur notre société qui se délite… Il est l’œuvre d’une réalisatrice profondément humaniste qui, à l’image de ses protagonistes, ne veut pas baisser les bras et croire en un avenir meilleur. 


3/
Catherine Corsini sait toujours parfaitement mettre en valeur son casting. C’est à nouveau le cas avec ce film dont se dégage une énergie folle grâce à une mise en scène nerveuse et immersive mais aussi à l’investissement physique et émotionnel de son beau trio d’acteurs professionnels.
Marina Fois est une fois de plus irréprochable et parvient encore à nous étonner à travers son personnage de femme qui doute mais essaie de se persuader qu’elle est arrivée au bout de son histoire d’amour avec Raf. Cet amour est justement incarné par la toujours surprenante Valéria Bruni-Tedeschi qui nous régale en composant un personnage d’une formidable richesse. En proie à mille questions, Raf est à la fois drôle, hystérique et tendre, exaspérante et bouleversante… Quant à Pio Marmaï, il offre à Yann, routier en colère, engagé dans le mouvement des Gilets jaunes, toute sa fougue et une belle subtilité.

Il ne faut surtout pas oublier dans ce concert de louanges, la remarquable Aïssatou Diallo Sagna, véritable aide-soignante et comédienne non professionnelle qui apporte au film sa bouleversante humanité et une justesse absolue. Une très belle actrice est née…

TV – En avant – Vendredi 16 avril – Canal+ Family

TV – En avant – Vendredi 16 avril – Canal+ Family

- EN AVANT -

Vendredi  16 avril – Arte – 20H53
Disponible également A la demande sur myCANAL 

EN AVANT de Dan Scanlon avec les voix françaises de Pio Marmaï, Thomas Solivérès…
Animation – Aventure – Comédie– 2020– 1H42

Deux jeunes frères elfes, Ian et Barley Lightfoot ont l’occasion inespérée de passer une dernière journée avec leur père décédé et se lancent dans une quête fantastique à bord de Guinevere, l’héroïque van de Barley. Comme toute bonne quête, la leur sera remplie de sorts magiques, de cartes codées, d’obstacles insurmontables et de découvertes incroyables. Mais en constatant la disparition de ses fils, Laurel, leur intrépide maman fait équipe avec la Manticore, une ancienne guerrière, mélange de lionne, de scorpionne et de chauve-souris, pour les retrouver. Malgré tous les dangers, cette journée magique pourrait être la plus importante de leur vie.

 

Affiche EN AVANT

3 bonnes raisons de voir ce film :

1 / Pixar, Pixar, Pixar…. Ce 22e film des fameux studios désormais ralliés à la maison Disney n’est peut-être pas le plus bluffant techniquement, mais sa manière d’aborder (comme chez COCO) le thème du deuil, sous forme d’une trépidante comédie d’aventure, mérite très largement le détour.

2 / Le doublage français est particulièrement réussi avec une mention spéciale aux interprètes de Ian & Barley, Thomas Solivérès & Pio Marmaï qui semblent vivre pleinement et avec beaucoup d’humour, les péripéties de leurs personnages respectifs.

3/ Un film d’animation qui, sur le papier, ne me faisait pas particulièrement envie mais qui m’a fait replonger 1H42 durant dans une lointaine adolescence et un monde fantasmagorique riche, où tout semble permis.
Une oeuvre enlevée, drôle et d’une surprenante puissance émotionnelle. Chaleureusement recommandé…

 

Bande annonce cinéma EN AVANT pour sa sortie salles en mars 2020

La vie devant toi, sensible et percutant !
La vie devant toi, sensible et percutant !

Diffusé sur France TV, dans le cadre du mois des fiertés, le film de Sandrine Veysset aborde avec pudeur et intelligence l’homosexualité chez les adolescents, tout en dénonçant puissamment l’homophobie. Rencontre avec la réalisatrice et ses deux jeunes actrices, lauréates d’un double prix d’interprétation lors du festival Fiction TV de La Rochelle.

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