Une année difficile pour un film déconfiné à (re)découvrir

Une année difficile pour un film déconfiné à (re)découvrir

UNE ANNÉE DIFFICILE

Drame – 2h00 (Blu ray) 1h56 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Éric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Éric Toledano, Olivier Nakache
Avec Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Noémie Merlant, Mathieu Amalric, Grégoire Leprince-Ringuet…

Sorti en salles le 18 octobre  2023

Disponible en Blu ray, DVD, et VOD – 28 février 2024 – Gaumont Vidéo

Image : 16/9 – Son : Français DTS HD 5.1 & 2.0
Audiodescription pour les aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course, c’est dans le chemin associatif qu’ils empruntent ensemble qu’ils croisent des jeunes militants écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement sans conviction…

Le film ****

« C’est le vide du covid qui nous a donné envie de parler de ce que ça a laissé comme traces chez nous… » Éric Toledano

Quatre ans après HORS NORMES (et deux saisons d’EN THÉRAPIE pour Arte), Éric Toledano & Olivier Nakache étaient de retour en salles l’automne dernier avec UNE ANNÉE DIFFICILE.

Curieusement et injustement, même si cela n’enlève rien à ces qualités, ce 8eme long-métrage n’a pas obtenu le même succès que leurs œuvres précédentes en réunissant à peine 900.000 spectateurs.

Et pourtant, les deux scénaristes réalisateurs continuent de creuser, avec talent, le sillon d’un cinéma social et dans l’air du temps, auquel ils insufflent beaucoup d’humour et un vrai supplément d’âme.

Même s’ils n’hésitent jamais à donner quelques coups de griffes et à pointer les dérives consuméristes de notre époque, les deux cinéastes ont su préserver le principal, à savoir une attention à l’autre et une bienveillance naturelle pour l’ensemble de leurs personnages…

Avec la complicité d’un casting « hors-norme », Éric Toledano et Olivier Nakache nous questionnent sur nos travers, nos petites mesquineries quotidiennes, bref sur des comportements que chacun, chacune va devoir faire évoluer pour survivre dans ce monde souvent cruel pour beaucoup.

« Quand il y a de l’amour et de la bienveillance derrière la cam, on arrive à se lâcher… » Jonathan Cohen

Si les deux cinéastes ont fait appel, avec bonheur, à Pio Marmaï qu’ils avaient « pratiqué » sur EN THÉRAPIE, c’est la première fois qu’ils travaillaient avec Jonathan Cohen, Noémie Merlant ou Mathieu Amalric. Bien leur en a pris, tant ces comédien.ne.s se sont glissé.e.s avec gourmandise dans la peau de personnages riches et très différents les uns des autres. Et surtout, on sent à quel point ces interprètes se sont régalé.e.s des situations et des dialogues ciselés des réalisateurs d’INTOUCHABLE et du SENS DE LA FÊTE.

 « Jonathan n’a pas eu besoin de nous pour prouver qu’il n’avait pas de limites… » Éric Toledano

Avec UNE ANNÉE DIFFICILE, les deux réalisateurs flirtent avec le meilleur de la comédie noire italienne des années 70 – 80. On songe, entre autres, à certains films de Dino Risi, Mario Monicelli ou Ettore Scola même si leurs personnages ne sont, au fond, pas aussi « affreux, sales et méchants » qu’on pourrait le penser…

Bonus ****
La valse de l’époque – Le making-of d’Une année difficile –   31mn18

Un seul bonus est proposé en complément de cette ANNÉE DIFFICILE mais il convient d’en saluer la qualité tant il précise, si besoin était, les intentions du duo de réalisateurs.
Avec ce making-of, dans lequel s’expriment les principaux protagonistes du film, Paul Frère nous offre une vision assez complète et passionnante de ce projet centré sur deux loosers magnifiques.

On notera que le tournage de ce making-of débute par quelques images furtives tournées avec la complicité d’Olivier Nakache, le 12 mars 2020, soit 5 jours avant le premier confinement, au moment où l’écriture du film débute…
Une situation temporelle qui explique parfaitement son impact sur l’écriture du film et l’idée de certaines séquences directement inspirées par cette période si particulière. Un moment de vie qui nous interroge encore aujourd’hui sur nos comportements et notre place dans la société et qui est au cœur des préoccupations des protagonistes de cette ANNÉE DIFFICILE.
On apprend ainsi que pour ses initiateurs ce film a été vécu comme une forme de pulsion « Il fallait qu’il y ait du fouillis construit… Ce film est une nouvelle étape, il y avait un besoin de se repositionner »

Au fil des interventions des deux réalisateurs, de Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant et Mathieu Amalric, on ressent parfaitement à quel point chacun.e a pris plaisir à se plonger dans ce récit terriblement contemporain.

Mais la bonne idée du making-of est sans aucun doute d’y donner aussi la parole aux militants qui ont été partis prenantes du film sur plusieurs étapes. Que ce soit au moment de son écriture (à travers les échanges nourris avec Éric Toledano et Olivier Nakache) mais aussi sur son tournage où un certain nombre d’entre eux a été convié à (re)vivre pour la caméra certaines actions activistes auxquelles ils avaient pu participer.  
Nul doute que l’implication de ces militants, sur toutes ces étapes, a participé grandement au sentiment de véracité que dégage ce film que l’on placera volontiers dans La lignée de l’« Artivisme » défendue par bon nombre d’entre eux.

Reste qu’au-delà des réflexions justes et utiles qu’il pose, UNE ANNÉE DIFFICILE peut aussi se déguster, plus simplement, comme un excellent divertissement, celui proposé par son duo de cinéastes qui ont une idée assez précise de leur mission « Ce n’est pas notre fonction de venir délivrer un message, notre fonction, c’est de poser les bonnes questions et de bien les formuler ! » Mission réussie !

Le + Cin’Écrans
C’est en juin dernier, à l’occasion du Festival du Film de Demain à Vierzon, où UNE ANNÉE DIFFICILE était présenté en ouverture, 5 mois avant sa sortie officielle, que j’ai retrouvé pour mon plus grand plaisir et une courte interview Éric Toledano, accompagné ce soir-là de l’excellent Jonathan Cohen

INTERVIEW ÉRIC TOLEDANO & JONATHAN COHEN

Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

DAAAAAALI !

Un film de Quentin Dupieux
Scénario Quentin Dupieux
Avec Anaïs Demoustier, Jonathan Cohen, Edouard Baer, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Didier Flamand, Romain Duris, Agnès Hurstel, Marc Fraize, Johan Dionnet, Jérôme Niel…
Comédie – 1h17 – France
Sortie en salles le 7 février 2024

L’histoire
Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Inutile d’être un.e aficionado de l’œuvre de Salvador Dali pour prendre du plaisir avec DAAAAAALI !
Si à travers son film, un sens du détail et une direction artistique forte, Quentin Dupieux rend un hommage réel mais non appuyé à l’univers surréaliste de Salvador Dali, c’est plus à sa personnalité publique, hors-normes, qu’à son œuvre que le film est dédié.  

2 / Comme à son habitude, et par peur d’ennuyer le spectateur, le cinéaste délivre un film rythmé et court (1h17) même s’il ose étirer certains gags et quelques scènes, comme ses géniales séquences de fin et d’ouverture. Avec cette séquence du couloir d’hôtel, Quentin Dupieux pose très clairement le ton et les intentions de son film. Inutile d’aller plus loin si vous n’adhérez pas à cette proposition, à ce délire, semble nous dire le cinéaste.

Certes, la totalité du film n’est pas de cet acabit mais la proposition est suffisamment singulière et traversée d’idées baroques, originales pour y prendre un plaisir souvent jubilatoire. Si vous avez été sensibles à l’humour de comédies surréalistes comme RÉALITÉ ou INCROYABLE MAIS VRAI, vous devriez y trouver votre compte.

3 / Si les six interprètes de Salvador Dali ne bénéficient pas tous de la même attention ou ampleur scénaristique, les partitions d’Édouard Baer & Jonathan Cohen suffisent à notre bonheur. Les deux acteurs s’en donnent à cœur joie et composent à eux seuls de multiples facettes du fantasque artiste catalan.

Dirigée pour la quatrième fois par Quentin Dupieux (après AU POSTE !, INCROYABLE MAIS VRAI et FUMER FAIT TOUSSER), Anaïs Demoustier, quant à elle, se fond une nouvelle fois et avec un plaisir non dissimulé dans l’univers si singulier du cinéaste.
Elle incarne dans DAAAAAALI ! une journaliste malmenée par les humeurs et la folie douce de Dali.  Leurs multiples confrontations sont autant de raisons de nous ravir, tant la comédie réussit à cette remarquable actrice, décidemment à l’aise dans tous les registres.   

 

TV – Amanda – Mercredi 14 avril – Arte

TV – Amanda – Mercredi 14 avril – Arte

- AMANDA -

Mercredi  14 avril – Arte – 20H55
Déjà disponible A la demande et jusqu’au 20 avril sur Arte TV

AMANDA de Mikhaël Hers avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy Martin…
Drame – 2018 – Couleur – 1H47

Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

3 bonnes raisons de voir ce film :

1 / Vincent Lacoste prouve avec ce drame de Mikhaël Hers qu’il peut vraiment tout jouer. Le comédien découvert en 2009 dans LES BEAUX GOSSES de Riad Sattouf multiplie depuis les expériences de jeu dans des registres très différents les uns des autres. Il s’est, grâce à son talent, son travail et sa curiosité,  installé plus que durablement dans le paysage du cinéma français.

2 / Pour la mise en scène discrète et sensible, mais sans aucun pathos de Mikhael Hers.

3/ Pour son excellent casting. Outre Vincent Lacoste, citons sa toute jeune partenaire Isaure Multrier et Stacy Martin, mais aussi dans des rôles plus discrets mais remarquables Marianne Basler, Jonathan Cohen et Greta Schacchi.

 

Rencontre avec Vincent Lacoste autour du passage de la comédie au drame. Interview Arte réalisée par Olivier Père pour Arte, à l’occasion de la sortie en salles d’AMANDA en novembre 2018