Sortie BR/DVD – 3 films de Patrice Leconte sinon rien ! –

Sortie BR/DVD – 3 films de Patrice Leconte sinon rien ! –

- Le mari de la coiffeuse - Les grands ducs - Le parfum d'Yvonne -

Très prolifique, Patrice Leconte voit depuis quelque temps ses nombreux films ressortir en DVD et/ou Blu-ray, avec plus ou moins d’attention apportée à la qualité technique, au packaging et aux bonus.
Après les sorties conjointes l’an passé des versions restaurées de TANDEM, TANGO et MONSIEUR HIRE, sur des combo Blu-ray / DVD, très soignés chez Pathé, c’est au tour de 3 autres films, LE MARI DE LA COIFFEUSE, LES GRANDS DUCS et LE PARFUM D’YVONNE de s’offrir une nouvelle jeunesse dans de belles versions remasterisées HD, et une première sortie en blu-ray (ils sont également disponibles en DVD), chez Rimini Editions.
Comme toujours, l’éditeur ne fait pas les choses à moitié côté bonus puisque si certains contenus figuraient déjà sur de précédentes éditions DVD, on trouve ici pas moins de 5 suppléments inédits…  

LE MARI DE LA COIFFEUSE
Un film réalisé par Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte et Claude Klotz

Comédie dramatique – 81 mn (BR) 78mn (DVD) – France
Distribution : Jean Rochefort, Anna Galiena, Jacques Mathou, Albert Delpy, Maurice Chevit…
Sorti en salles le 3 octobre 90

Disponible en Blu-ray et DVD chez Rimini Editions
Nouveau master HD. Audio : Français stéréo. Image : 2.35 – 16/9

Le pitch
Antoine a connu ses premiers émois amoureux dans le salon de coiffure de la plantureuse Madame Sheaffer. Il s’est fait une promesse : lorsqu’il sera grand, il épousera une coiffeuse. Il rencontre Mathilde, la coiffeuse de ses rêves. Le coup de foudre est réciproque.

L’avis Cin’Ecrans
Difficile d’imaginer en (re)découvrant avec bonheur LE MARI DE LA COIFFEUSE que Jean Rochefort a fait vivre un cauchemar au jeune Patrice Leconte sur le tournage de son premier film LES WC SONT FERMES DE L’INTERIEUR, tant le comédien semble s’être abandonné aux envies de son réalisateur (ah cette petite danse improvisée dans le salon de coiffure !). Jean Rochefort a rarement, pour ne pas dire jamais, été filmé et regardé avec tant d’amour et de bienveillance. Ce film, né de certains souvenirs d’enfance du réalisateur, est à l’image du duo formé par Jean Rochefort et Anna Galiena, un monument de sensualité, une ode à l’émoi amoureux et au désir. Incontournable !

Bonus DVD
Pour l’amour d’une coiffeuse – inédit (17′)
Les confessions d’une coiffeuse
– inédit (17′)
Le batteur du boléro –
1992 (8′).
Interview de Patrice Leconte
– 2000 (54′)

Outre le génial court-métrage LE BATTEUR DU BOLERO (1992) avec Jacques Villeret et une longue et passionnante interview du réalisateur de près d’une heure, datant de 2000, Rimini éditions nous régalent de deux autres interviews, inédites cette fois-ci.
Dans « Pour l’amour d’une coiffeuse » Patrice Leconte nous raconte avec sa générosité habituelle l’étonnante genèse de ce film singulier produit par Thierry de Ganay. Il s’explique aussi sur l’utilisation assez inhabituelle chez lui de la voix-off, sur le « pourquoi du comment » il ne réalise que des films courts, sur son rapport à l’enfance et à ses émotions qui ont inspiré une partie du film et puis il évoque aussi les relations parfois compliquées entre ses deux acteurs principaux.

Quant aux « Confessions d’une coiffeuse », il s’agit évidemment de celles d’Anna Galiena. La comédienne italienne évoque sa rencontre avec Patrice Leconte, ses doutes sur sa légitimité à incarner Mathilde, son travail d’apprentissage de la coiffure et sa relation avec Jean Rochefort. Il est d’ailleurs amusant de constater que, sur cette question, les points de vue du réalisateur et de l’actrice diffèrent véritablement.

LES GRANDS DUCS
Un film réalisé par Patrice Leconte
Scénario : Serge Frydman et Patrice Leconte

Comédie – 84mn (BR) 80mn (DVD) – France
Distribution : Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Catherine Jacob, Michel Blanc, Jacques Nolot…
Sorti en salles le 21 février 96

Disponible en Blu-ray et DVD chez Rimini Editions
Nouveau master HD. Audio : Français stéréo. Image : 2.35 – 16/9

Le pitch
Trois vieux comédiens, sans le sou, minables et au chômage, sont engagés dans une comédie de boulevard médiocre, qui part en tournée. Le spectacle est monté par un producteur escroc, bien décidé à le saboter afin de toucher l’argent des assurances. Mais les trois acteurs se prennent au jeu et s’investissent dans ce qui sera peut-être la dernière chance de leur vie.

L’avis Cin’Ecrans
Accueilli sans grand enthousiasme lors de sa sortie en salles en 1996, LES GRANDS DUCS méritent d’être redécouverts et pas seulement parce que ses fameux grands ducs nous ont malheureusement quitté.
Si le scénario du film n’est pas exempt de quelques faiblesses, cette farce grand-guignolesque vaut en partie pour la truculence de certaines situations et de ses dialogues. Un texte porté haut et fort par son génial trio de comédiens, cabots à souhait, dont le plaisir à jouer ensemble est plus que palpable. Quant au bonheur de Patrice Leconte à les filmer, il transpire dans chaque plan du film.
Ici, le bonheur n’est pas dans le pré, mais sur scène et sur l’écran. 

Bonus DVD
La tournée des grands ducs, inédit (12′)
Commentaire audio de Patrice Leconte –
2000
Making-of
-1995 (17′)
Rochefort en baskets
– 2016 (64′)

Pour « La tournée des grands ducs » (titre original du film), supplément inédit, Patrice Leconte revient sur la genèse du film ou bien encore sur la déception éprouvée envers Michel Blanc, l’un de ses comédiens fétiches, qu’il soupçonne d’avoir fait le film uniquement pour le chèque ! (« il est parfait dans le film, mais il n’était pas dans son assiette ! »).
On y apprend aussi que la chanson de Scoubidou (celle de la pièce dans le film) a réveillé chez le réalisateur, une vieille envie de comédie musicale qu’il ne se résout pas à abandonner. Comme il n’est pas certain que son rêve se réalise un jour il tient à préciser, non sans humour, qu’il adorerait se réincarner en réalisateur à Bollywood !

3 autres et copieux bonus viennent éclairer le film : un commentaire audio du film par son réalisateur, un making-of d’époque assez complet et ROCHEFORT EN BASKET, un passionnant documentaire de 2016, réalisé par Alain Teulère.
Le documentariste y déroule le scénario de sa vie avec le fantasque comédien et la complicité de quelques proches comme Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Jean-Pierre Marielle et… Patrice Leconte. Tout se tient !  

LE PARFUM D’YVONNE
Un film réalisé par Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte d’après Villa triste de Patrick Modiano

Comédie – 89mn (BR) 85mn (DVD) – France
Distribution : Hippolyte Girardot, Jean-Pierre Marielle, Sandra Majani, Richard Bohringer, Paul Guers…
Sorti en salles le 23 mars 94

Disponible en Blu-ray et DVD chez Rimini Editions
Nouveau master HD. Audio : Français stéréo. Image : 2.35 – 16/9

Le pitch
À la fin des années 50, un jeune homme qui prétend être un comte d’origine russe, tombe amoureux d’une sublime jeune femme, toujours accompagnée d’un dogue allemand et d’un vieil excentrique. Tout le monde semble avoir quelque chose à cacher…

L’avis Cin’Ecrans
LE PARFUM D’YVONNE n’est certes pas le meilleur Patrice Leconte mais avec cette libre adaptation du roman de Patrick Modiano, le réalisateur distille une petite musique non dénuée de charme. On se souviendra du PARFUM D’YVONNE notamment pour la démesure du personnage incarné par Jean-Pierre Marielle même si, au final, le film peine à trouver son ton et son rythme.

Bonus DVD
Interview de Patrice Leconte – inédit (12′)

Une interview inédite du réalisateur constitue le seul bonus pour LE PARFUM D’YVONNE, Mais il faut bien avouer que cela suffit à notre plaisir tant la passion et la franchise du réalisateur semblent intactes, malgré le temps qui passe.

Dés les premières secondes de l’entretien autour de ce film, son premier avec Jean-Pierre Marielle « ça c’est irremplaçable » qui n’a pas été son plus gros carton, Patrice Leconte évoque son rapport au succès et à l’échec. Une relation saine avec la reconnaissance publique et critique qui lui a permis de traverser les années, les genres, les modes sans jamais se fourvoyer.
On y apprend que le réalisateur garde de ce film adapté de Modiano, des parfums narratifs qui lui plaisaient beaucoup à l’époque et qui lui plaisent encore aujourd’hui, contrairement à certains autres films dont il dit qu’il aurait pu s’en passer.
Il y exprime néanmoins quelques regrets sur l’affiche cinéma dont il dit ne pas comprendre comment il a pu la laisser sortir, tant elle ne correspond pas à l’esprit du film, et sur le choix du titre, LE PARFUM D’YVONNE. Un titre dont il s’est laissé convaincre par Thierry de Ganay, son producteur de l’époque, qu’il était bien meilleur que « Villa triste », titre du roman original de Patrick Modiano.
Et puis il y a cette jeune actrice, Sandra Majani, dont le réalisateur estime que l’échec du film fait qu’elle a totalement disparu du paysage cinématographique. Parfum d’incompréhension et d’injustice…

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

- Interview Vincent Delerm- Je ne sais pas si c'est tout le monde

Vincent Delerm était, il y a quelques jours, à Rochefort au festival Soeurs Jumelles pour une projection de JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, son premier film coproduit par l’un des membres fondateurs du festival… Julie Gayet. 

Une occasion idéale pour revenir, entre autres, avec l’auteur, compositeur, interprète, photographe et désormais réalisateur sur cette première expérience ciné et sa sortie atypique en salles.

Gadjo Dilo - Romain Duris & Rona Hartner

Ce festival célèbre la rencontre entre la musique et l’image. Une association parfaite pour l’homme et l’artiste que tu es…
C’est vrai que je me suis fabriqué comme ça, même sur les premières chansons que je faisais à l’époque où je bossais sur Truffaut.
Il y a eu notamment la grande année où j’ai fait ma maîtrise, enfin la grande année pour moi hein ! (rire) où je passais VIVEMENT DIMANCHE en boucle. Au bout d’un moment je ne mettais plus le son et je faisais de la musique par-dessus, comme si je réalisais la BO de ses films.

D’une façon générale j’ai toujours été hyper touché par le fait d’essayer de faire des musiques pour accompagner des films et aussi par leurs compositeurs. Je mettais ça dans ma cuisine et j’avais l’impression que chaque geste devenait important, plus encore même avec des compositeurs assez lyriques comme Georges Delerue et François de Roubaix, des gens comme ça, qui avaient un truc qui te donne l’impression que tout est très intense.
Et puis évidemment, vu comment je fais de la chanson, c’est à dire en mettant beaucoup de références au cinéma, j’ai fait, assez vite, des concerts en mélangeant visuels et chansons.  Donc c’est sûr que ça a toujours beaucoup compté pour moi.

Et comment as-tu imaginé JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, un film très personnel et qui apparait comme très cohérent avec le reste de ton travail sur l’intime et le rapport aux autres…
Ce film, je l’ai aussi un peu construit comme un concert, c’est à dire en alternant des séquences de 4-5 minutes, très différentes les unes des autres. Pendant le montage du film avec le monteur, on avait mis de côté plein de séquences tournées, plein de trucs, mais on n’a pas fait semblant de se dire qu’on connaissait l’ordre que ça allait prendre.

A chaque fois on avançait dans le film en se demandant “de quoi a-t-on envie maintenant ?” C’est la même chose quand tu fais des concerts, tu les construis de cette façon, même si les gens peuvent parfois penser qu’il y a un truc très pensé en amont.
C’est d’autant plus vrai quand tu as envie de faire passer des trucs un peu perso ou avec une tournure d’esprit un peu particulière, il faut que ce soit confortable pour les gens. C’était vraiment le cas ici, parce que, même si c’est un film court de moins d’une heure, je pense que même pour des gens qui m’aiment bien, à priori, il y a un premier quart d’heure – vingt minutes où tu ne sais pas trop où ça va, ce que tu dois en penser. Et puis, au bout d’un moment tu finis par lâcher, idéalement en tout cas, tu te dis “bon, ah oui, je vois je vois où ça va” et puis surtout tu t’arrêtes de réfléchir (rire).

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Tu prends plaisir comme spectateur ou comme metteur en scène de tes chansons, de tes spectacles, à déstabiliser les gens, à les mettre dans une forme d’inconfort ?
C’est une idée que je n’aime pas vraiment dans l’absolu. Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise par contre, je sais que pour installer ton tempo, tu dois en passer par un truc un peu radical. Je sais qu’il faut un peu de temps pour installer une atmosphère parce que tout le monde arrive chargé de sa vie, de sa journée et de la manière dont les images nous sont présentées en général et dans la manière dont la musique nous est donnée à entendre, notamment dans les concerts de chansons. C’est pour ça que j’aime bien faire des concerts, très peu des émissions où je ne chante qu’une chanson parce que je sais que je ne peux pas installer ce dont j’ai envie sur un temps aussi court.  Donc, je n’ai pas de plaisir à ça, mais par contre je sais que c’est souvent un peu nécessaire de passer par cette petite étape là.

Le film a une vie très atypique, je trouve que son parcours lui ressemble. Il est sorti très différemment d’un film classique. il a été montré parallèlement à ta dernière tournée et tu as ainsi pu l’accompagner… C’est une décision qui était consciente dès sa conception ou ce choix s’est imposé une fois le film terminé?
Toutes les choses que je fais en dehors de la chanson je les fais vraiment très sérieusement, enfin je n’en fais pas 150000 non plus ! Je fais de la photo et puis j’ai fait ce film mais j’aimerais bien en faire au moins un autre ou deux autres mais, par contre, je considère ça vraiment comme un truc en plus et je prends vraiment ce qu’on me donne.
Du coup, d’être dans cette position-là me permet d’exiger des choses très radicales. Par exemple, si je fais un bouquin de photos j’aime bien qu’il ne soit vendu que dans un seul endroit parce que je sais qu’au moins les gens sont sûrs de le trouver là.
Pour le film on a eu un peu la même démarche à Paris. Je me suis vraiment battu pour que les projections aient lieu dans une seule salle.
Quand je fais un concert à Paris je ne suis pas à La Cigale et à L’Elysée Montmartre en même temps. Et donc, j’avais un peu ce fantasme que le film soit présenté dans une salle parisienne où ce serait un peu sold-out, et pour que ce soit plein il fallait qu’il passe à un seul endroit, une fois par semaine. J’ai adoré que ce soit comme ça, j’allais au Cinéma des Cinéastes tous les dimanches matin et il y avait des rencontres à chaque fois.
Effectivement tu as raison, le film a eu cette vie un peu étrange mais qui me convenait parce que j’ai bien aimé qu’à aucun moment quelqu’un vienne me dire “on a fait tant d’entrées”, ça c’est sûr !

Evidemment c’est important de savoir si tu vends des disques, si ce que tu fais marche, mais, honnêtement, moi je ne connais vraiment pas mes scores de ventes de disques et dans le cinéma ça me faisait un peu peur. Ce côté où on sait dès le mercredi si ça marche ou si on s’est planté, je voulais vraiment éviter ça, à tout prix.
C’est un peu par orgueil aussi car je n’avais pas envie qu’on me dise “ton film s’est planté !” Avec un film comme celui-ci, je pense que si on alignait le nombre d’entrées, ce ne serait pas du tout incroyable mais, par contre, son existence de cette manière-là a fait qu’il est resté longtemps et qu’on m’en a parlé souvent. Il a vraiment existé. C’est un peu la même chose, parfois, pour les albums. Ce n’est pas forcément le score de ventes qui compte, mais plutôt le parcours et la manière dont les gens l’ont rencontré et se le sont approprié.

Justement as-tu une idée du public que le film a rencontré ? Ce sont principalement des fans de Vincent Delerm, le chanteur ou bien as-tu accroché un autre public, plus cinéphile peut-être ?
C’est un mélange des deux finalement ! C’est un débat qu’on a eu d’ailleurs avec certains cinémas parce qu’ils disaient “mais nous on connaît notre public” et moi je savais que les gens qui me suivent sont un peu habitués justement à cette tournure d’esprit. Le mélange d’un truc plutôt imaginé pour faire rigoler et puis juste après d’essayer de mettre une tarte plutôt pour émouvoir… Et ça, c’est vraiment ce que je préfère faire dans tous les domaines mais oui, quand on faisait la tournée des cinémas en province qui accompagnait effectivement ma tournée de concerts, il y avait des salles avec une tradition d’abonnés, de gens qui viennent découvrir des films un peu différents. J’ai parfois croisé des gens qui me disaient ” pour moi ce n’est pas un vrai film”. Mais c’est vrai que c’est un cinéma un peu spécial parce que ce n’est pas du documentaire et ce n’est pas non plus de la fiction. Enfin, c’est quand même un peu documentaire dans le sens où la plupart des témoignages qui sont dans le film sont des vrais témoignages mais ils sont organisés d’une certaine manière. Je les ai cousus ensemble en passant aussi par des choses que j’ai pu écrire pour relier les séquences.  Donc c’est un format un peu hybride et c’est pour ça que c’est bien quand les gens se laissent porter.

Tout le monde ne m’a pas dit que c’était fantastique, mais en tout cas beaucoup de gens ont joué le jeu et c’est ça qui compte. Tu fais des choses, que ce soit des chansons, des photos ou un film pour dire un peu aussi qui tu es et tu espères toujours avoir un rebond, que les gens te disent “ah ben moi aussi je suis comme vous”. Tu cherches à obtenir ce ricochet et ça en chanson, on l’a beaucoup parce que les gens piochent toujours un truc, qui n’est jamais le même, et ils te disent ” Moi dans cette chanson là, c’est ça qui m’a fait de l’effet ou quand je pense à vous c’est pour tel truc”.

Avec le film il y a eu la même chose, c’est à dire que tout le monde a pioché quelque chose de différent. C’est vrai que les gens m’ont un peu plus parlé de Jean Rochefort parce que c’était son dernier rôle et cette dernière apparition est un peu plus marquante que le reste.

C’est une vraie liberté pour le coup de donner la parole à des personnes inconnues du public…
Oui, oui bien sûr. En fait c’est des gens que j’aimais bien et du coup je me suis dit  “si moi je les aime bien, d’autres gens pourront les aimer aussi”

Le projet a pas mal évolué depuis que tu t’y es attelé…
Ce qui est stimulant c’est qu’à la fin j’ai vraiment aimé l’expérience. Mais, à un moment, je me suis un peu forcé à écrire toute une fiction et c’était un peu contre nature.
Le principe de cette fiction faisait qu’on avait une équipe trop importante à mon goût, même si nous n’étions que 15. C’était déjà beaucoup, surtout par rapport à ce que je voulais obtenir et le fait de pouvoir dire “c’est maintenant qu’il faut filmer ! “. On ne pouvait jamais être aussi réactif  parce que, même si tu es en numérique, il faut changer l’objectif, changer la lumière. Donc, je me suis dit “ça ne rime à rien que j’essaie d’écrire une histoire. Ce que je préfère c’est avoir des vrais moments de vie, pas forcément le témoignage, quand on voit les gens qui sautent dans le canal après la victoire en coupe du monde, c’est vraiment des trucs pris sur le vif.
Et pour les entretiens, l’idée c’était d’être le moins nombreux possible, comme avec le dessinateur Stéphane Manel que j’ai filmé et enregistré, tout seul. Et là, tu obtiens des choses. Ça a aussi été le cas sur la séquence avec Albin de La Simone quand il joue de dos. C’est vrai que c’est idéal pour obtenir des trucs perso et c’est vraiment ce que je cherche en général, cette connivence-là. Evidemment, il ne faut pas que ce soit gênant après.
Par exemple, tu me parlais du gars qui écrit dans ses carnets, qui tient son journal. Lui, il m’a parlé d’événements comme la naissance de son premier enfant ou des choses comme ça et ce sont des choses que je n’ai pas gardées parce que ce qui comptait c’est son principe et c’est ça qui était touchant.

Je réfléchis régulièrement à un deuxième projet de film et à chaque fois je me dis que j’ai vraiment besoin qu’il y ait de vraies choses dedans, de vrais témoignages, j’aime bien ça !

Tu donnes la parole aux autres et paradoxalement, j’ai l’impression que ce film raconte aussi beaucoup de toi… 
Oui, sans doute !  Ça c’est un truc un peu mystérieux qu’on m’a déjà effectivement dit. J’ai sans doute pioché des choses qui me plaisaient plus que d’autres dans les entretiens. Je reconnais que dans la vie, j’ai assez vite envie que les gens, même rencontrés une demi-heure avant, me disent où ils en sont dans leur vie sentimentale, ça m’intéresse plus que leur boulot. C’est mon plaisir aussi d’obtenir ce truc-là, j’aime bien ça !  J’aurai peut-être dû être psy (rire)

Tu as écrit et chanté Deauville sans Trintignant, ici est-il possible d’envisager Rochefort sans Demy & Legrand ? 
Alors pour être très honnête, j’y suis venu assez tard. Plus jeune, je n’étais pas très touché par les chansons de Michel Legrand et Jacques Demy. Elles avaient quelque chose qui me semblait un peu faux, un peu artificiel avec des phrases très parlées, mises en musique.
C’était très apprécié par des gens avec qui je faisais du théâtre, mais j’y suis venu quand même beaucoup par la BO de PEAU D’ANE dans un premier temps. Mais ça ne fait peut-être que sept ou huit ans que ça me plaît (rire). Ce n’est pas du tout un truc inscrit en moi.
Au début, j’aimais beaucoup les choses très premier degré, où il n’y a pas de décalage ou de détours. Ca, ça me semblait un peu fabriqué, parce que tu vois les couleurs, les danses, la façon d’écrire des chansons, mais maintenant j’aime vraiment. Encore une fois, c’est vraiment PEAU D’ANE qui m’a permis de rentrer dans ce truc là et de me dire “C’est drôle parce qu’en fait ça peut jouer un peu faux par moments”

Et puis c’est comme un comme un terrain d’enfance…Truffaut avait cette idée-là !  Il disait souvent qu’on parlait beaucoup de la nouvelle vague mais qu’il y avait une catégorie qui lui semblait plus juste, celle des cinéastes qui mettent en place un cinéma en forme de prolongement de ce qu’ils espéraient de la vie étant enfant.
Et c’est vrai que chez Demy, il y a beaucoup ça. Son travail ressemble à un peu un rêve d’enfance et ce truc-là me touche maintenant en grandissant, où on va dire en vieillissant. 

 

Ecrire une comédie musicale ? C’est un exercice qui te tente, dont tu as déjà rêvé ? 
Oui, oui ! Là récemment, Arnaud Viard (ndlr, acteur et réalisateur, CLARA ET MOI,  JE VOUDRAI QUE QUELQ’UN M’ATTENDE…)  m’a demandé une chanson pour son film qu’il voulait justement chanter façon “comédie musicale” et c’est toujours un truc qui fait envie.
Après, il faut vraiment bien savoir le faire. Récemment, il y a eu des bourses d’aide pour les comédies musicales et du coup tout le monde en a fait (sourire) Mais il y a eu aussi ce truc de vouloir faire, dans certains films, le son en prise directe et ça c’est une bonne idée parce que c’est ça aussi qui fait la différence.

Quand c’est vraiment réussi comme dans LA LA LAND, c’est impressionnant. C’est un film que j’ai revu à cause de mes enfants, entre guillemets. La première fois, je n’étais pas forcément convaincu, je trouvais ça justement un peu fabriqué mais en  le revoyant, la mécanique est vraiment très, très bonne. Tu passes d’un plan à un autre, c’est impressionnant. Mais c’est une petite usine à gaz quand même…

Comment as-tu vécu cette longue période de pandémie ? La musique est-elle une aide précieuse dans une telle situation ? 
Oui car quand tu crées des trucs dans ton coin, tu es quand même mieux, tu n’es pas dans l’attente permanente, donc tu peux utiliser ce temps pour toi. Je n’ai pas besoin que quelqu’un m’envoie des musiques ou qu’on m’appelle pour jouer.
Après il y a toute une période où on était tous un peu bloqués, à ne pas y arriver, surtout sur le premier confinement. Mais j’ai fait pas mal de trucs liés à la photo, notamment pour la galerie Polka avec qui je travaille. On a sorti un livre après le premier confinement et puis j’en ai refait un autre avec Claude Nori, un photographe que j’aime beaucoup, et qui sort là pour Arles (ndlr, Arles, les rencontre de la photographie jusqu’au 26 septembre) J’ai aussi un peu écrit…

J’ai la chance d’avoir quand même pas mal tourné mon spectacle juste avant le premier confinement, mais on a ensuite pu refaire quelques doubles dates comme à l’Olympia en jouant deux séances le même soir. C’était assez excitant mais particulier parce que tu manques de repères et puis énergétiquement, le début du deuxième concert est très spécial. Tu rentres sur scène et tu te dis “ah oui, donc là, il n’y a vraiment personne qui était là il y a 20 minutes pour voir que tout le monde était debout ! »  Il faut tout recommencer à zéro et ça c’est très bizarre (rire)

Sinon, et c’est là où j’ai un discours un peu différent d’autres gens. Je pense que s’il faut que tout le monde reste enfermé chez soi, à un moment donné pour qu’un truc s’en aille, ben voilà, faisons-le ! Quand tu es musicien, chanteur, tu n’es pas plus nécessaire à la société que… que plein d’autres trucs quoi ! En fait, je trouvais ça un peu choquant, des fois, que les artistes se positionnent en disant “c’est scandaleux qu’on ne soit pas considérés comme essentiel !”
Moi, je me disais  “S’il y a moins de décès parce qu’on reste chez nous à ne pas chanter, eh bien restons chez nous quoi !”  La question était un peu vite réglée, mais j’avoue que je n’ai pas beaucoup pris la parole du coup, pendant le confinement, parce que tout le milieu culturel n’était pas là-dessus mais plutôt sur l’idée “Que seriez-vous sans la culture, sans nous ?  On est tellement important pour vous…”
Bon, je sais que c’est important, sinon je ne ferais pas ce métier là et je prends ça très au sérieux quand j’ai un concert à faire. Mais, en dernier ressort, je crois qu’on peut aussi s’arrêter un temps. Je crois qu’il y a juste plein de gens qui aiment trop être sur scène et qui ne supportent pas de devoir s’en passer, tout simplement ! Ce que je comprends car c’est super d’être sur scène, mais il y a des fois, des cas de force majeure et c’en était un !

Quels sont tes projets ?
L’année prochaine, ce sera les 20 ans du premier disque donc je referai un passage à l’Européen (ndlr, salle parisienne du 17eme arrondissement) où j’avais commencé et je sortirai, sans doute, un ou deux albums, voilà ! C’est encore en train de se mettre en place, mais ce sera une année chansons et cette année je reste dans mon coin. C’est d’ailleurs très agréable ce côté où tu prépares le truc dans ta chambre et à un moment donné c’est prêt ! Tu dis “Ca y est, c’est prêt, vous pouvez tous rentrer, je vais vous montrer ! ”  On a cette vie-là et ça c’est un grand plaisir !

Propos recueillis le jeudi 24 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Soeurs Jumelles à Rochefort.