Anti-squat – dérives d’un système…

Anti-squat – dérives d’un système…

ANTI - SQUAT

Drame – 2023 – 1h35 (Blu Ray) 1h31 (DVD) France
Réalisation : Nicolas Silhol
Scénario : Nicolas Silhol & Fanny Burdino
Avec Louise Bourgoin, Samy Belkessa, Sâm Mirhosseini, Antoine Gouy, Khina Lahoucine, Arthur Choisnet, Adèle Wismes…

Sorti en salles le 6 septembre 2023

Disponible en BR, DVD & VOD – le 16 janvier 2024 – Diaphana
Image : 16/9 – 1.85 :1 – Son : Dolby Audio DD 5.1 & 2.0
Audiodescription pour aveugles et malvoyants
Sous-titres pour sourds et malentendants

L’histoire
Inès est menacée de se faire expulser de chez elle avec Adam, son fils de 14 ans. A la recherche d’un emploi, elle est prise à l’essai chez Anti-Squat, une société qui loge des personnes dans des bureaux inoccupés pour les protéger contre les squatteurs. Son rôle : recruter les résidents et faire respecter un règlement très strict. Inès est prête à tout pour se faire embaucher et s’en sortir avec Adam. Mais jusqu’où ira-t-elle ?

Le film ****
Avec ANTI-SQUAT, le scénariste et réalisateur Nicolas Silhol continue de creuser le sillon d’un cinéma intelligent et captivant autour de questions sociales terriblement actuelles et complexes.

Dans CORPORATE, le cinéaste auscultait la cruauté du monde du travail à travers les affres d’une responsable des ressources humaines.
Pour ANTI-SQUAT, son second long-métrage, il dénonce les dérives et dommages provoqués par une offre alternative à l’hébergement d’urgence par l’utilisation de locaux inoccupés.

Outre l’excellence de l’interprétation de Louise Bourgoin, filmée sans fard et au plus près des émotions de son personnage, il convient de saluer la précision de la mise en scène de Nicolas Silhol qui ancre l’essentiel de son récit au cœur d’un ilot de bureaux froids et déserts.
Le metteur en scène utilise à merveille la géographie des lieux et filme la réalité brute, d’une nouvelle forme de pauvreté et la déshumanisation qui en découle. Le tout sans aucun misérabilisme ou voyeurisme, même si le constat s’avère violent et implacable.

ANTI-SQUAT est un film poignant extrêmement efficace, aux airs de thriller social, Nicolas Silhol arrive à point nommé pour apporter un éclairage judicieux sur les tenants et aboutissants de la loi Anti-squat promulguée, quelques mois après le tournage du film, en juin 2023, par le Sénat et l’Assemblée nationale.
Une loi qui durcit les sanctions liées aux squats de locaux et pérennise cette expérimentation de système locatif, propice à de nombreuses dérives… celles-là même que dénonce le film…

Bonus ***
scènes coupées (non mixées, non étalonnées)
Vidéos de casting de Samy Belkessa

Si l’on comprend les raisons de leur éviction du film car elles ne font pas avancer sa dramaturgie, les deux scènes coupées s’avèrent néanmoins intéressantes. Elles apportent un éclairage plus intime sur les enjeux familiaux induits par les choix d’Inès pour elle et son fils Adam.
Adam, justement, est au cœur du second bonus proposé avec la vidéo du casting (en deux temps) de son jeune et excellent interprète Samy Belkessa.

Le + Cin’Écrans
Pour pallier à la frustration de l’absence de témoignage en bonus du réalisateur et de ses principaux comédien.ne.s, nous vous invitons à découvrir l’interview de Nicolas Silhol, Louise Bourgoin et Samy Belkessa. Un jeune acteur dont c’était la toute première interview et qui s’avère extrêmement à l’aise et pertinent dans ses propos…

Raphaël Quenard explose sur scène avec Yannick

Raphaël Quenard explose sur scène avec Yannick

YANNICK

Comédie – 2023 – 1h07(BR) 1H03 (DVD) – France
Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Avec Raphaël Quenard, Pio Marmaï, Blanche Gardin, Sébastien Chassagne

Sorti en salles le 2 août 2023

Disponible en BR, DVD & VOD – le 5 décembre 2023 – Diaphana Édition Vidéo
Image : 16/9 – 1.33 :1 – Son : DTS-HD 5.1 & 2.0
Audiodescription

L’histoire
En pleine représentation de la pièce « Le Cocu », un très mauvais boulevard, Yannick se lève et interrompt le spectacle pour reprendre la soirée en main…

Le film ****
Mais où donc Quentin Dupieux va-t-il puiser son inspiration ?
Sa peur d’ennuyer le public n’est sans doute étrangère au pitch de ce long métrage atypique. Tourné en dehors du cadre classique des productions cinéma, dans un décor unique et en tout juste six jours, YANNICK a tout du film ovni.
Mais, et c’est là toute la magie du cinéma, ce 11e long métrage du cinéaste est devenu très rapidement son plus grand succès avec près de 450.000 spectateurs en salles.
Et ce n’est que justice, tant YANNICK emporte tout sur son passage et se balade avec une aisance insolente à travers les genres, de la comédie sociale grinçante au thriller.

On rigole énormément tout au long du film mais on en ressort également très touché par le désarroi de l’ensemble de ses personnages, face à une situation qui leur échappe.
Saluons avec plaisir l’audace du réalisateur qui continue de nous surprendre de film en film, sans jamais se répéter (on attend avec impatience son DAAAAAALI !, en salles le 7 février) et celle de son enthousiasmant casting.

Si Sébastien Chassagne semble, lui, être victime d’un personnage un peu laissé pour compte par le scénario, ses deux complices Blanche Gardin et Pio Marmaï s’en donnent à cœur joie autour de la partition écrite par Quentin Dupieux. Drôles, très drôles (au point d’avoir -presque- envie de voir un spectacle d’une telle médiocrité) mais pas que…
On vous met notamment au défi de ne pas être touché lors de cette séquence ou Pio Marmaï (enfin son personnage) fend l’armure et délivre une réflexion passionnante et bouleversante sur sa vocation de comédien.

Et puis il y a Yannick, alias Raphaël Quenard. Impossible de ne pas en rajouter une couche sur le génie, la puissance de jeu et l’incroyable inventivité de cet acteur devenu totalement incontournable en quelques mois seulement. Chacune de ses performances nous emporte que ce soit le temps d’une scène (mais quelle scène face à Adèle Exarchopoulos) dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES de Jeanne Herry ou tout au long d’un film (et quel film !) avec Anthony Bajon dans CHIEN DE LA CASSE de Jean-Baptiste Durand. Et ce n’est qu’un début, on n’a pas fini de voir et d’entendre parler Raphaël Quenard ! Yannick, le cinéma français et nous, lui disons merci !

Bonus ****
Commentaire audio de Quentin Dupieux
Entretien avec Quentin Dupieux et Raphaël Quenard (23 mn)
Scènes de répétition (5 mn)
3 teasers

Outre le commentaire audio de Quentin Dupieux, Diaphana nous régale d’un copieux et réjouissant échange entre l’iconoclaste réalisateur et le fougueux interprète de Yannick, Raphaël Quenard.
Une rencontre au cours de laquelle les deux hommes, très complices, reviennent, entre autres, sur la conception de ce film hors des sentiers battus et dont ils n’avaient pas imaginé une seconde l’écho qu’il rencontrerait auprès du public.

Ajoutez à cela quelques sympathiques images de répétitions et 3 teasers hilarants, et vous obtenez un excellent programme de réjouissances cinématographiques à déguster bien au chaud chez vous. Et donc sans risquer l’irruption perturbante d’un certain Yannick !

Les ombres persanes – Double je à Téhéran

Les ombres persanes – Double je à Téhéran

LES OMBRES PERSANES

LES OMBRES PERSANES
Drame -Thriller – 2023 – 1h47(BR) 1H43 (DVD) – Iran
Réalisation : Mani Haghighi
Scénario : Mani Haghighi et Amir Reza Koohestani
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Esmail Poor-Reza…

Sorti en salles le 19 juillet 2023

Disponible en BR, DVD & VOD – le 21 novembre 2023 – Diaphana Édition Vidéo
Image : 16/9 – 1.85 – Son : Dolby audio 5.1 & 2.0
Sous titres français

L’histoire
À Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. Passé le trouble et l’incompréhension va naître une histoire d’amour… et de manipulation.

Le film ****
A la manière de films comme LA LOI DE TÉHÉRAN ou LEILA ET SES FRÈRES, de Saeed Roustaee, LES OMBRES PERSANES s’aventure sur le terrain du cinéma de genre (en l’occurrence ici, le film possède une vraie dimension fantastique) tout gardant un fort ancrage réaliste et social.

Grâce à un formidable travail sur photographie de Morteza Nafaji, une BO remarquable de Ramin Kousha et un beau sens de l’ellipse et du hors-champ, il se dégage de ces OMBRES PERSANES, une remarquable et oppressante atmosphère.

La question du double est au centre de ce passionnant thriller psychologique qui interroge également le regard et la perception du spectateur sur le drame qui se déroule devant ses yeux.
Impossible à ce titre de ne pas saluer comme il se doit le remarquable travail des deux comédiens principaux Taraneh Alidoosti et Navid Mohammadzadeh (déjà partenaires dans l’excellent LEILA ET SES FRÈRES) qui ne sont jamais dans la démonstration que pouvait laisser craindre la singulière histoire dans laquelle leurs personnages sont embarqués.

Si la mise en scène au cordeau de Mani Haghighi est pour beaucoup dans la réussite du film, la partition infiniment subtile que jouent ses deux interprètes majeurs, à travers chacun 2 personnages, vient transcender le travail du réalisateur.
Ajoutons à cela, le personnage de Bardia, magnifiquement incarné par un tout jeune acteur Farham Azizi, dont le regard aiguisé vient souvent aiguiller celui du spectateur.

Parfois les mots sont inutiles, d’autant que la mise en scène vient en permanence questionner le spectateur sur ce qu’il voit ou devine. Qui est qui ? semble nous demander le cinéaste. Cette ambiguïté scénaristique permanente participe aussi grandement au plaisir pris à la découverte du film et sur l’envie de le partager.

LES OMBRES PERSANES est un film troublant et fascinant qui provoque une sorte de vertige. On est comme envouté par la mésaventure singulière qui bouleverse le quotidien de ses principaux protagonistes. Une histoire dont le dénouement restera longtemps ancré dans nos mémoires.

Une excellente surprise, à découvrir sans faute !

Bonus ****
Entretien exclusif avec Mani Haghighi (24 mn)

C’est une longue et passionnante interview avec le réalisateur-scénariste du film qui est proposée en complément des OMBRES PERSANES.
On y apprend ainsi que le sujet du film est né lorsque le réalisateur a découvert sur une photo de guerre prise quelques dizaines d’années auparavant, le visage d’un homme à qui il ressemblait parfaitement. Après le choc de cette vision, le réalisateur s’est alors demandé comment il réagirait s’il rencontrait son double physique mais qu’il ne partagerait aucun autre point commun avec lui…
L’idée de départ du film était là, ne restait plus alors qu’à la développer et à l’enrichir…  
On comprend au fil de cet entretien, le peu de goût du réalisateur pour le réalisme social, d’où l’utilisation de métaphores pour s’en affranchir.  
Mani Haghighi s’exprime également sur le caractère politique de son film, la complexité du scénario ou bien encore sur le choix et le travail de ses deux comédiens principaux.

Double je avec Les ombres persanes

Double je avec Les ombres persanes

LES OMBRES PERSANES

Un film de Mani Haghighi
Scénario de Mani Haghighi et Amir Reza Koohestani
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Esmail Poor-Reza…
Drame – Thriller – 1h47 – Iran
Sortie en salles le 19 juillet 2023

L’histoire
À Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. Passé le trouble et l’incompréhension va naître une histoire d’amour… et de manipulation.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ LES OMBRES PERSANES est le sixième long métrage de Mani Haghighi mais le troisième seulement à sortir dans nos salles après VALLEY OF STARS (2016) et PIG (2018). Un film dont le processus d’écriture a été particulièrement long (près de 9 ans) et qui donne furieusement envie de découvrir la globalité du travail de ce réalisateur de 54 ans, tant son talent de conteur et de réalisateur est flagrant.

A la manière de films comme LA LOI DE TÉHÉRAN ou LEILA ET SES FRÈRES, de Saeed Roustaee, LES OMBRES PERSANES s’aventure sur le terrain du cinéma de genre (en l’occurrence ici, le film possède une vraie dimension fantastique) tout gardant un fort ancrage réaliste et social.
Grâce à un formidable travail sur photographie de Morteza Nafaji, une BO remarquable de Ramin Kousha et un beau sens de l’ellipse et du hors-champ, il se dégage de ces OMBRES PERSANES, une remarquable et oppressante atmosphère.

2/ La question du double est au centre de ce passionnant thriller psychologique qui interroge également le regard et la perception du spectateur sur le drame qui se déroule devant ses yeux.
Impossible à ce titre de ne pas saluer comme il se doit le remarquable travail des deux comédiens principaux Taraneh Alidoosti et Navid Mohammadzadeh (déjà partenaires dans l’excellent LEILA ET SES FRÈRES) qui ne sont jamais dans la démonstration que pouvait laisser craindre la singulière histoire dans laquelle leurs personnages sont embarqués.
Si la mise en scène au cordeau de Mani Haghighi est pour beaucoup dans la réussite du film, la partition infiniment subtile que jouent ses deux interprètes majeurs, à travers chacun 2 personnages, vient transcender le travail du réalisateur.
Ajoutons à cela, le personnage de Bardia, magnifiquement incarné par un tout jeune acteur Farham Azizi, dont le regard aiguisé vient souvent aiguiller celui du spectateur.
Parfois les mots sont inutiles, d’autant que la mise en scène vient en permanence questionner le spectateur sur ce qu’il voit ou devine. Qui est qui ? semble nous demander le cinéaste. Cette ambiguïté scénaristique permanente participe aussi grandement au plaisir pris à la découverte du film et sur l’envie de le partager.

3 / LES OMBRES PERSANES est un film troublant et fascinant qui provoque une sorte de vertige. On est comme envouté par la mésaventure singulière qui bouleverse le quotidien de ses principaux protagonistes. Une histoire dont le dénouement restera longtemps ancré dans nos mémoires.
Une excellente surprise, à découvrir sans faute.   

Et Soudain, la grâce !
Et Soudain, la grâce !

Divine surprise que la découverte de ce film de Ryūsuke Hamaguchi porté par le talent de Virginie Efira et Tai Okamoto. Une œuvre lumineuse et douce comme une caresse dont le souvenir vous hante très longtemps après l’avoir découverte.

lire plus
Annie colère, histoire d’un mouvement injustement oublié !

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ANNIE COLÈRE

Drame – Français – 2022 – 1h59 (blu ray) 1h56 (dvd)
Réalisation : Blandine Lenoir
Scénario : Blandine Lenoir et Axelle Ropert

Distribution : Laure Calamy, Zita Hanrot, India Hair, Rosemary Standley, Damien Chapelle, Yannick Choirat, Florence Muller, Cédric Appietot…

Sorti en salles le 30 novembre 2022
Disponible en Blu ray, DVD & VOD le 4 avril 2023
16/9 – Français 5.1 et 2.0

Le pitch
février 1974. Parce qu’elle se retrouve enceinte accidentellement, Annie, ouvrière et mère de deux enfants, rencontre le MLAC – Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception qui pratique les avortements illégaux aux yeux de tous.

Le film ****
Avec ce 3ème long métrage, Blandine Lenoir (ZOUZOU, AURORE) nous livre sans aucun doute son film le plus ambitieux et le plus abouti. Une œuvre intime et politique qui vient nous rappeler combien ce combat collectif est aujourd’hui encore, malheureusement nécessaire.

En près de deux heures, la réalisatrice nous invite à (re)découvrir les enjeux majeurs vécus par les femmes (mais aussi quelques hommes) au cœur des années 70, à travers leur juste combat pour le droit à l’avortement, à quelques mois de la loi initiée avec vigueur par Simone Veil.

ANNIE COLÈRE possède la puissance d’un documentaire grâce au formidable travail de recherche effectué par la réalisatrice et sa coscénariste Axelle Ropert. Leur scénario est d’ailleurs nourri en grande partie par la thèse de la chercheuse Lucile Ruault, conseillère historique sur le film.

Quant à l’incarnation de ces femmes « combattantes du quotidien » par des actrices aussi remarquables que Laure Calamy (déjà à l’affiche des deux premiers longs de Blandine Lenoir), Zita Hanrot, India Hair, Rosemary Standley ou Florence Muller, elle donne au film une puissance émotionnelle plus forte encore.

Bonus ****
Scènes coupées (15mn)
Entretien avec Blandine Lenoir et deux anciennes militantes du MLAC, Irène Jouannet et Brigitte Daudu (14mn)
Le film commenté par la réalisatrice Blandine Lenoir et  la conseillère historique sur le film, Lucile Ruault

Outre le commentaire audio du film par la réalisatrice et sa conseillère historique Lucile Ruault, ce sont une douzaine de scènes coupées qui sont proposées en bonus. Même si certaines de ces séquences présentent un certain intérêt, on imagine assez bien que d’autres auraient ralenti le rythme d’un film déjà très dense. A voir par curiosité.

En revanche, on ne peut que vous conseiller le passionnant entretien avec Blandine Lenoir et deux anciennes militantes du MLAC, Irène Jouannet et Brigitte Daudu. L’occasion pour les trois femmes de revenir sur le mouvement du MLAC, sa création, son existence et son importance sur les longs mois qui ont précédé la promulgation de la loi Veil.

La réalisatrice nous explique également la manière dont s’est déroulé le tournage de ce film à haute teneur émotionnelle et sur l’importance de transmettre aujourd’hui ce pan d’histoire et de rendre hommage au combat de ces femmes et de ces hommes.