Le temps d’aimer… le temps du cinéma !

Le temps d’aimer… le temps du cinéma !

« Je voulais absolument assumer de faire un mélodrame !» Katell Quillévéré

LE TEMPS D’AIMER

Après un détour remarqué par la série en 2022 avec LE MONDE DE DEMAIN qui racontait brillamment la naissance de NTM et du mouvement hip-hop français, Katell Quillévéré retrouve Gilles Taurand, son coscénariste de RÉPARER LES VIVANTS pour LE TEMPS D’AIMER.

Avec ce quatrième long métrage, Katell Quillévéré se frotte avec aplomb et sensibilité au genre ultra codifié du mélodrame.
Avec la magnifique complicité d’Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, la réalisatrice évite toute complaisance et les pièges du tire-larmes facile, tout en réussissant à nous toucher profondément avec ce récit bouleversant inspiré d’une histoire très personnelle.

L’histoire  
1947. Sur une plage, Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant, mère d’un petit garçon, fait la connaissance de François, étudiant riche et cultivé. Entre eux, c’est comme une évidence. La providence. Si l’on sait ce qu’elle veut laisser derrière elle en suivant ce jeune homme, on découvre avec le temps ce que François tente de fuir en mêlant le destin de Madeleine au sien…

Vous l’aurez compris, ne loupez surtout pas LE TEMPS D’AIMER, mélodrame sensible et vibrant porté par des interprètes en état de grâce. Très amis dans la vie, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste trouvent avec les personnages de Madeleine et François, l’occasion de nous surprendre à nouveau. Ils sont pour beaucoup dans le charme que procure cette œuvre ample et admirablement mise en scène.

Ne passons pas non plus sous silence le magnifique travail du directeur de la photographie Tom Harari et celui non moins remarquable d’Amine Bouhafa (ALMA VIVA, LES FILLES D’OLFA, ou bien encore LE MONDE DE DEMAIN), qui offre un superbe écrin musical au film.
Vous pourrez d’ailleurs retrouver d’ici quelques jours Amine Bouhafa, l’un de nos plus brillants compositeurs, en interview pour Cin’Écrans.

Le + Cin’Écrans
D’ici là, on vous invite à découvrir sans tarder, LE TEMPS D’AIMER et à retrouver ci-dessous des entretiens avec Katell Quillévéré, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, sans oublier une rencontre passionnante avec Amine Bouhafa, brillant compositeur de la BO du film. L’occasion pour nous d’évoquer son travail et notamment cette  seconde collaboration avec Katell Quillévéré après LE MONDE DE DEMAIN (série Arte sur la naissance du Hip hop et du groupe NTM).

Ces interviews ont été réalisées en août dernier lors du Festival du film francophone d’Angoulême.
Un festival qui a couronné LE TEMPS D’AIMER du Valois de diamant du meilleur film et Vincent Lacoste du Valois de l’acteur

INTERVIEW KATELL QUILLÉVÉRÉ, ANAÏS DEMOUSTIER & VINCENT LACOSTE

INTERVIEW AMINE BOUHAFA & KATELL QUILLÉVÉRÉ

INTERVIEW AMINE BOUHAFA À PROPOS DE SON TRAVAIL

LE TEMPS D’AIMER

Un film de Katell Quillévéré
Scénario de Katell Quillévéré & Gilles Taurand
Avec Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Paul Beaurepaire, Morgan Bailey, Ambre Gollut, Dylan Hawkes, Luc Bataini…
Drame – Romance – 2H05 – France
Sortie en salles le 29 novembre 2023

Les deux couillons se font une comédie romantique … en DVD

Les deux couillons se font une comédie romantique … en DVD

UNE COMÉDIE ROMANTIQUE

Comédie – Romance – 2022 – 1H34 – France
Réalisation : Thibault Segouin
Scénario : Thibault Segouin
Distribution : Alex Lutz, Golshifteh Farahani, Olivier Chantreau, Lucie Debay, Slimane Dazy, Tchéky Karyo, Alexandra Roth…

Sorti en salles le 16 novembre 2022

Disponible en DVD & VOD le 5 avril 2023 – M6 Vidéo
16/9 – Français 5.1

Le pitch
Après avoir disparu du jour au lendemain, César réapparaît dans la vie de Salomé et découvre qu’il est le père d’une petite fille de 3 ans. Cette fois, il va tout faire pour être à la hauteur de leur histoire.

Le film ****
Avec ce premier long-métrage Thibault Segouin affiche clairement la couleur et assume pleinement le ton très « feel good » de son film.

Non seulement, il n’y a pas tromperie sur la marchandise mais surtout la (bonne) surprise est au rendez-vous de cette œuvre légère, en forme de déclaration d’amour au cinéma et à Montmartre.
UNE COMÉDIE ROMANTIQUE est un film très coloré, aux accents « pop » qui laisse toute leur place aux doux rêveurs, aux utopistes, mais aussi à celles et ceux qui « subissent » parfois leur inconséquence !  Le personnage de César est à ce titre, réjouissant et touchant de mauvaise foi…

Ajoutons que l’on tombe immédiatement, et avec délice, sous le charme du couple très « chien et chat » que forment Golshifteh Farahani et Alex Lutz. Les deux comédiens apportent au film leur belle énergie et leur subtilité de jeu.

Il faut aussi absolument citer leurs principaux partenaires, Olivier Chantreau, Lucie Debay, Tchéky Karyo, Slimane Dazy & Alexandra Roth, sans oublier François Villevieille (violoniste, compositeur et ex-membre de l’excellent groupe Pop « Éléphant ») qui a entièrement imaginé et composé la  bande originale du film.

Une BO qui participe pleinement à la belle réussite d’UNE COMÉDIE ROMANTIQUE qui, avec ses ruptures de tons bienvenues, distille un agréable parfum de fantaisie, de douceur et de poésie. Autant dire que ça fait un bien fou par les temps qui courent…

Bonus ***
Court métrage – LES DEUX COUILLONS de Thibault Segouin

Excellente initiative pour M6 Vidéo de nous proposer en bonus LES DEUX COUILLONS, formidable court-métrage réalisé en 2020 par Thibault Segouin. L’histoire de deux frères qui ont pris des chemins différents l’un à Paris, l’autre à Rennes qui partent, le temps d’un week-end, à la recherche de leur père qui a disparu subitement.

On retrouve déjà dans ce court-métrage, les prémices du premier long de son réalisateur.
Tout ce qui fait le charme et le sel d’UNE COMÉDIE ROMANTIQUE est en grande partie dans LES DEUX COUILLONS dont un sens inné de l’écriture, des dialogues, du rythme et du montage.
Le film qui se révèle tour à tour drôle et touchant est aussi l’occasion de saluer le talent de Sébastien Chassagne et Olivier Chantreau (remarquable aussi dans UNE COMÉDIE ROMANTIQUE), deux excellents comédiens, qui mériteraient grandement qu’on leur écrive de grands et beaux premiers rôles…

Le Plus Cin’Écrans
En juillet dernier, c’est du côté de La Baule et de son Festival cinéma et musique de film que je croisais pour la première fois, le très enthousiaste Thibault Segouin pour évoquer ce premier long et ses envies.

Le jeune cinéaste s’est attelé à l’écriture d’un drame familial qu’il aimerait tourner l’été prochain.

Parallèlement à ce projet personnel, et celui d’une série, Thibault a également écrit le second film d’un de ses amis, Hugo P. Thomas. Un jeune réalisateur, dont JUNIORS, un teen movie avec Vanessa Paradis (tourné en même temps qu’UNE COMÉDIE ROMANTIQUE) sortira en salles le 26 juillet prochain.

Dans la foulée de la rencontre avec Thibault Segouin, c’est avec son compositeur François Villevielle que nous avons parlé de leur complicité, de leurs précédentes collaborations et de leur complicité qui aboutit à la création de cette très belle bande originale d’UNE COMÉDIE ROMANTIQUE.

Quelques mois plus tard, c’est avec Alex Lutz que nous avions rendez-vous au Festival international du film de Saint-Jean de Luz pour parler d’amitié de musique et de comédie romantique…

Découvrez ci-dessous les deux sujets produits à cette occasion…

INTERVIEW THIBAULT SEGOUIN & ALEX LUTZ

INTERVIEW “BANDE ORIGINALE” FRANÇOIS VILLEVIEILLE, THIBAULT SEGOUIN & ALEX LUTZ

Sirāt – À la vie, à la mort…
Sirāt – À la vie, à la mort…

Que celles et ceux d’entre vous qui n’ont pas encore découvert Sirāt s’accrochent ! Après son succès en salles, le film choc et électrisant d’Oliver Laxe débarque dans les salons ! Montez le son pour vivre une puissante expérience sensorielle !

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Ennio… Tout pour la musique !

Ennio… Tout pour la musique !

ENNIO

Documentaire – 2021 – 2h36 (blu ray) 2H30 (DVD) – Italie
Réalisation : Giuseppe Tornatore
Scénario : Giuseppe Tornatore
Distribution : Ennio Morricone, Clint Eastwood, Terrence Malick, Quentin Tarantino, Bernardo Bertolucci, Giuliano Montaldo, Marco Bellocchio, Dario Argento, Barry Levinson, Wong Kar-Wai…

Sorti en salles le 6 juillet 2022

Disponible en Blu ray, DVD & VOD – Le Pacte

BLU RAY
Image :
 16/9 – 2.39 :1
Audio : Italien, DTS HD Master audio 5.1
Sous-titre : Français

DVD
Image :
  16/9 – 2.39 :1
Audio : Italien, Dolby Audio DD 5.1 et 2.0
Sous-titre : Français

Le pitch
À l’âge de 8 ans, Ennio Morricone rêve de devenir médecin. Mais son père décide qu’il sera trompettiste, comme lui. Du conservatoire de musique à l’Oscar du meilleur compositeur, l’itinéraire d’un des plus grands musiciens du 20ème siècle.

L'ombre d'un mensonge Michelle Fairley Bouli Lanners

L’avis Cin’Ecrans
Avec ENNIO, Giuseppe Tornatore signe un formidable documentaire autour de la création musicale et un passionnant portrait du musicien de génie qu’était le discret Ennio Morricone. Un homme sévère et intransigeant avec lui-même à qui le réalisateur de CINEMA PARADISO a souvent fait appel pour ses films. Loin de s’appesantir sur cette fructueuse collaboration, Giuseppe Tornatore profite de leur connivence pour obtenir une parole rare et sincère du compositeur. Une belle interview très richement illustrée d’images d’archives, de films, de concerts et de témoignages recueillis auprès de nombreux autres cinéastes ou collaborateurs qui ont croisé le chemin professionnel du compositeur. Des artistes comme le cinéaste Bernardo Bertolucci ou le compositeur Nicola Piovani nous éclairent ainsi sur le génie singulier et très instinctif du maestro.

L’occasion pour le spectateur de percer un peu le mystère de cet artiste hors-normes, à travers de nombreuses informations et anecdotes. Un homme qui n’affichait que peu de goût pour la mélodie, lui qui a si souvent été salué pour ce même talent !

Et surtout, je vous mets au défi de ne pas être pris par une envie irrépressible de voir ou revoir tous ces films que la musique d’Ennio Morricone transcende toujours…

La puissance évocatrice de quelques notes a le pouvoir de vous plonger immédiatement dans des abîmes de nostalgie cinéphile. Rares sont les compositeurs qui ont ce pouvoir. Et même si des musiciens comme Nino Rota, François de Roubaix, John Williams, ou bien encore Vladimir Cosma, pour ne citer qu’eux, ont habillé de leur talent mélodique de nombreux films, la richesse et la variété de sa production font d’Ennio Morricone, le maitre incontesté. El Maestro !

Bonus
Entretien avec Giuseppe Tornatore (31’23”, vost)
Making of (6’38”, vost)
Scène coupée (2’01, vost)
Bande originale du film : 15 pistes audio

Pour être tout à fait honnête, le seul documentaire de plus de 2H30 se suffit amplement à lui-même. Mais il n’est pas interdit de jeter une oreille attentive à l’interview de Giuseppe Tornatore qui se confie à un journaliste italien, sur sa relation et sa collaboration de près de 30 ans avec le compositeur qui nous a quitté en 2020. Si l’entretien s’avère intéressant, il est cependant un peu dommage qu’il soit proposé de manière brute, sans aucune image d’illustration. On y apprend néanmoins pas mal de choses sur ce musicien si prolifique et qui adorait l’expérimentation plus que tout, au point qu’il est aujourd’hui absolument impossible de rassembler toutes ses œuvres dont plus de 500 bandes originales…

Le court making of est en réalité l’envers du décor d’une seule mais emblématique séquence du film qui permet de mieux comprendre la complicité qui lie le réalisateur et le compositeur.

La scène coupée en revanche s’adresse plus aux musiciens affranchis aux propos spécialisés. Le spectateur lambda, lui, bénéficiera en revanche de la BO du documentaire proposée en bonus audio de 15 titres.

Sirāt – À la vie, à la mort…
Sirāt – À la vie, à la mort…

Que celles et ceux d’entre vous qui n’ont pas encore découvert Sirāt s’accrochent ! Après son succès en salles, le film choc et électrisant d’Oliver Laxe débarque dans les salons ! Montez le son pour vivre une puissante expérience sensorielle !

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Sacha & Evgueni Galperine – trois films à l’affiche, sinon rien ! – Interview

Sacha & Evgueni Galperine – trois films à l’affiche, sinon rien ! – Interview

« Voir aujourd’hui, les horreurs de l’invasion russe en Ukraine nous trouent le cœur !» Evgueni Galperine

A l’occasion de la 23em édition du Festival Music & Cinema qui se tenait pour la première fois début avril à Marseille, Cin’Ecrans vous propose une rencontre avec Sacha & Evgueni Galperine, deux des meilleurs et plus prolifiques compositeurs de bande originale de films et de séries de ces dernières années,

Les deux frères passionnés par le cinéma d’auteur et le monde des séries (ils ont signé, entre autres, les BO de BARON NOIR, THE UNDOING et bientôt OUSSEKINE) évoquent, entre autres, leur travail sur le fascinant MURINA de Antoneta Alamat Kusijanović, lauréat de la Caméra d’Or 2021 (en salles le 20 avril) & sur le très beau film d’animation de Michaela Pavlátová MA FAMILLE AFGHANE (en salles le 27 avril). Pour l’anecdote, sachez que les deux compositeurs ont également signé la bande originale du très réussi SENTINELLE SUD de Mathieu Gérault avec Niels Schneider et Sofian Khammes, actuellement en salles (interview de l’équipe du film ici)

Sacha et Evgueni Galperine reviennent aussi sur diverses collaborations comme avec Amine Bouhafa sur le magnifique GAGARINE de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh  ou Éric Lartigau dont ils ont écrit la partition musicale de plusieurs de ses films  comme L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE, LA FAMILLE BELIER… et prochainement CET ETE LA.

Et évidemment, ils nous parlent de leur douleur face à la guerre en Ukraine, eux qui sont nés d’un père ukrainien et d’une mère russe…

INTERVIEW SACHA & EVGUELNI GALPERINE

INTERVIEW SACHA & EVGUENI GALPERINE
A propos de MURINA & MA FAMILLE AFGHANE

“C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre” – Interview Amine Bouhafa

“C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre” – Interview Amine Bouhafa

Interview Amine Bouhafa - Compositeur de la BO de Gagarine

Brillant musicien franco tunisien, Amine Bouhafa a composé la bande originale de très nombreux courts et longs-métrages pour le cinéma (UN FILS, AMIN, LA BELLE ET LA MEUTE…) et la télévision. En 2015, il obtient le César de la meilleure musique originale pour la BO de TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako.
Présent fin juin à Rochefort, aux côtés de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh pour une projection de GAGARINE au Festival Sœurs Jumelles, Amine Bouhafa n’a pas fini de nous régaler de ses compositions puisque ces derniers mois, il a également signé, entre autres, les bandes originales des films SOEURS de Yamina Benguigui et L’HOMME QUI A VENDU SA PEAU de Kaouther Ben Hania.
Rencontre avec un musicien passionné et gourmand de cinéma et de musique…

 

Comment êtes-vous devenu musicien et plus spécialement compositeur de musique de films?  
C’est une relation d’amour passionnelle. Ma première passion c’est la musique mais je pense que c’est le cinéma qui m’a permis de réaliser mon rêve de faire de la musique et qui a conforté ce choix en m’ouvrant ses bras. J’en suis ravi. 

Plus jeune je faisais pas mal d’arrangements de chanson donc je traînais dans les studios. Un jour, j’avais alors 15 ans, un jeune réalisateur qui faisait son court-métrage cherchait un compositeur pour sa musique. Il m’a vu pianoter et m’a demandé si je voulais faire son film. Je lui ai répondu  “oui oui, avec grand plaisir, j’ai envie !” Et je suis passé, comme ça, d’un court à un deuxième puis un troisième, un documentaire un deuxième documentaire et puis ensuite j’ai eu la grande chance de rencontrer Abderrahmane Sissako avec qui j’ai travaillé sur ce film magnifique, TIMBUKTU qui  était mon premier film de fiction.  

Avec un César de la meilleure musique à la clé…
Oui ! Le cinéma qui vous ouvre les bras comme ça, si jeune et avec cet accueil public et critique pour le film avec 7 César, une nomination aux Oscars c’est fou, c’est comme un rêve ! 

Pensez-vous que la musique soit suffisamment mise à l’honneur dans le cinéma ? On a souvent le sentiment qu’elle est un peu mise de côté …
En fait, que ce soit la musique, la photo ou même les acteurs, on est au service de cette œuvre majeure qu’est le film. Je dirais qu’un film c’est l’enfant d’une orgie en fait. Tout le monde participe à la naissance de cette œuvre.

La musique, elle même, est au service de ce film mais si en plus on peut l’écouter comme une œuvre à part entière, c’est un bonus. Mais pour moi, elle est d’abord là pour servir le film. 

Comment s’est faite la rencontre avec Fanny & Jérémy, les réalisateurs de GAGARINE et comment s’est déroulée votre collaboration ?
Il faut dire que l’on est trois compositeurs à avoir travaillé sur ce film avec les frères Galperine dont j’aime beaucoup le travail. Chacun a travaillé de son côté sur des parties différentes du film mais toujours avec beaucoup de respect, une bonne entente et une bonne énergie. 

Et donc, au départ, j’ai rencontré Fanny & Jérémy lors d’une lecture du scénario et pour illustrer une séquence, ils avaient mis une chanson très, très belle sur laquelle j’ai grandi. C’est une chanson de Fairuz, la grande diva libanaise, et je me souviens que quand cette chanson est passée au cours de cette lecture j’avais la chair de poule. Du coup je suis allé les voir à la fin et je leur ait dit “c’est magnifique mais comment est ce que vous connaissez Fairuz?”  parce que si c’est une artiste extrêmement connue dans le monde arabe, c’est quand même rare, qu’on entende une chanson surtout pour illustrer un film franco-français. Ils m’ont dit “mais on adore Fairuz” et du coup, de fil en aiguille, on a parlé de cinéma et de musique. On s’est super bien entendu, on s’est trouvé des affinités artistiques. Puis, ils ont fait leur film et ils m’ont appelé pour que je réalise la chanson, on s’est tellement bien entendu qu’ils m’ont demandé de continuer le travail sur le score.
Ca a pris de l’ampleur et j’en suis ravi parce que je me rappelle que quand ils m’ont invité à l’une des projections de travail du film, c’était tellement émouvant… Je voyais ce maelström de sons, d’images et puis c’était d’une telle imprévisibilité !  On commence le  film, on est dans une cité on ne sait pas ce qui va se passer…puis on entre dans un univers poétique, un monde de rêve et ça c’est très inspirant !
Ca l’a été d’autant plus que c’est justement sur ces parties oniriques, rêveuses que j’ai surtout travaillé. Fanny et Jérémy voulaient de la générosité, de l’ampleur et du lyrisme.
Ils voulaient littéralement que le film, que le personnage s’envole. La musique dans un film, quelquefois, c’est aussi ça son rôle. C’est comme si le film était un avion sur un tarmac et la musique le fait décoller. En l’occurrence, c’était vraiment ça l’idée. 

Cette dimension magique, onirique du film était-elle déjà évidente lors de cette lecture du scénario ?
La lecture faisait ressentir un côté surréel mais c’est vrai que juste sur la lecture, on n’arrivait pas à se projeter complètement surtout quand ça parlait d’explosions, ce n’était pas très tangible.
Il fallait le support des images parce que la force de ce film c’est quand même beaucoup son visuel, mais on voyait quand même l’ambition du projet. On sentait que le film tranchait avec le regard unidimensionnel sur la cité que véhiculent la plupart des films actuels qu’on voit sur le sujet, c’était déjà autre chose. 

Il n’y avait pas ce côté stéréotypé sur les personnages. Les réalisateurs posent un regard extérieur sur la cité car ils n’y ont pas vécu. En revanche, ils ont côtoyé les habitants, ils les ont filmés avec au début ce regard documentaire. Petit à petit, ils les ont emmenés vers un autre univers, vers de l’onirisme, vers le rêve et c’est ça qui est assez frappant, assez stimulant. Je suis sorti de cette projection de travail en n’ayant pas grand-chose à dire car c’était une expérience très sensorielle, très immersive. 
Ensuite, on s’est revus deux mois plus tard pour travailler sur le film.

En dehors de sa musique et de la chanson, avez-vous aussi travaillé sur l’ambiance sonore du film ?
Je tiens à signaler que le travail sur le sound design du film est vraiment excellent. J’ai eu la chance d’arriver à un moment ou une partie de ce travail était déjà réalisé donc ça me permettait aussi de le prendre en compte, j’ai travaillé sur d’autres fréquences. J’ai essayé de laisser de la place à ce sound design parce que je pense qu’il apporte une personnification, une identité sonore à cet immeuble.

Fort de tous ces éléments et de la demande de Fanny & Jérémy, comment avez-vous travaillé votre partition ?
En général, j’ai un rapport assez visuel à la musique. Ce qui m’inspire le plus c’est vraiment les couleurs d’un film, les mouvements de la caméra. Typiquement, c’est des fois un peu difficile pour moi de composer sur un scénario parce que j’ai besoin de voir les images et de ressentir le rythme du montage. A partir de là, j’essaie de m’imprégner de toutes ces informations visuelles.

En général, je m’isole un peu pour essayer de composer avec le souvenir d’images qui se sont imprégnées dans ma mémoire visuelle. Après je prends tout ce matériel que j’ai pu esquisser. En fonction du film, ça peut être des sons, des mélodies, un mélange des deux, mais ça peut aussi être une palette d’orchestration classique, électro ou autre, voire de couleurs d’instruments.

Je fais tout cette cuisine interne en m’éloignant du travail très direct à l’image puis je prends tous ces éléments et je m’assois de nouveau devant le film. Là, je commence à essayer de voir à quel moment telle ou telle musique peut fonctionner sur les images, si  elle peut se marier parfaitement avec telle couleur du film. C’est vraiment un travail en trois étapes: Regarder le film, puis m’isoler pendant un moment pour travailler sans le revoir, puis confronter le résultat de ce travail avec le film.

Passez-vous avec facilité d’un réalisateur, d’un univers à un autre avec facilité?
C’est vraiment un monde où les affinités, les rencontres, c’est la chose la plus importante.  On rencontre d’abord une personne et puis on essaie de voir si on partage la même passion, les mêmes envies. C’est comme ça que naît cette envie de faire quelque chose ensemble.
Et mettre son ego de compositeurs ou de musiciens de côté pour s’inviter dans un univers de metteur en scène, un univers de cinéma, c’est vraiment passionnant !

J’ai beaucoup de chance parce que ce sont souvent des rencontres en festival ou en projection qui ont déclenché une envie de collaboration. C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre et je pense que c’est vrai pour tous les chefs de poste.
En l’occurrence le compositeur est un troisième auteur, c’est ça  mon identité. Et j’ai envie de travailler avec quelqu’un qui partage les mêmes valeurs, les mêmes envies de cinéma, la même passion que moi, qui aime les mêmes musiques. J’ai envie de dire qui aime manger la même cuisine (rire).

Et puis c’est vrai que des fois l’envie de travailler avec des gens dont on aime le cinéma, amène à travailler avec d’autres gens dont on aime aussi le cinéma. Une rencontre en nourrit une autre, un film nourrit un autre film…la rencontre est donc vraiment la chose la plus importante dans ce monde du cinéma.

Propos recueillis le vendredi 25 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Sœurs Jumelles à Rochefort.